Le refus des alliés européens de s’associer à l’opération « Epic Fury » contre l’Iran a provoqué une crise sans précédent au sein de l’Alliance atlantique. Selon le Wall Street Journal, l’Allemagne mène désormais des discussions discrètes pour bâtir une « OTAN européenne » capable de fonctionner sans Washington.
(ModeInfo24.com) – La guerre déclenchée par les États-Unis contre l’Iran n’a pas seulement embrasé le Moyen-Orient. Elle est en train de fissurer l’Alliance atlantique de l’intérieur, au point que les Européens préparent activement un « plan B » pour assurer leur propre défense.
Selon une enquête du Wall Street Journal publiée ce mardi, les capitales européennes ont entamé des discussions secrètes pour jeter les bases d’une « OTAN européenne », une structure de défense autonome capable de prendre le relais si Donald Trump mettait à exécution sa menace de quitter l’Alliance.
Le déclic : l’Iran, pas la Russie
Contrairement aux scénarios envisagés depuis des années, ce n’est ni la menace russe ni la guerre en Ukraine qui ont servi de déclic. C’est l’Iran.
Lancée il y a quelques jours, l’opération « Epic Fury » le blocus naval du détroit d’Ormuz et les frappes contre les infrastructures iraniennes a immédiatement braqué les capitales européennes. Washington attendait un soutien, au moins politique, de ses alliés historiques. Il a reçu une fin de non-recevoir.
- L’Espagne a fermé son espace aérien aux vols militaires américains à destination du Moyen-Orient.
- La France a bloqué le survol de son territoire pour les appareils transportant des armements vers le Golfe.
- L’Allemagne a qualifié l’intervention américaine d‘« illégale au regard du droit international » .
La riposte de Donald Trump ne s’est pas fait attendre. Sur son réseau Truth Social, le président américain a traité les Européens de « lâches » et qualifié l’OTAN de « tigre de papier » , menaçant ouvertement de retirer les États-Unis de l’Alliance.

L’Allemagne, moteur inattendu de l’autonomie européenne
Le basculement le plus spectaculaire vient de Berlin. L’Allemagne, qui a longtemps résisté à toute idée d’autonomie stratégique européenne par fidélité au parapluie américain, est aujourd’hui à la manœuvre.
« Pendant des décennies, l’Allemagne a été le principal obstacle à une défense européenne autonome. Aujourd’hui, elle en est le principal architecte » , confie un diplomate européen cité par le WSJ.
Des réunions discrètes, souvent en marge de dîners officiels, se multiplient entre responsables européens pour répondre à des questions jusqu’ici taboues :
- Qui prendra le commandement de la défense aérienne du continent si les officiers américains quittent les états-majors intégrés ?
- Qui assurera le renforcement du flanc oriental face à la Russie, notamment en Pologne et dans les pays baltes ?
- Qui fournira le « parapluie nucléaire » qui protège l’Europe depuis la Guerre froide ?
Le vide stratégique américain, impossible à combler à court terme
La réponse honnête, admise par les planificateurs européens eux-mêmes, est brutale : personne ne peut remplacer les États-Unis aujourd’hui.
Aucun pays européen ne dispose des réseaux satellitaires de surveillance, des systèmes d’alerte antimissile ou de la force de dissuasion nucléaire continentale que Washington met à disposition de l’Alliance.
La France, seule puissance nucléaire de l’Union européenne depuis le Brexit, et l’Allemagne discutent désormais d’une question qui relevait de l’impensable il y a deux ans à peine : Paris pourrait-il étendre son parapluie nucléaire à l’ensemble du continent ?
Cette conversation, inimaginable en 2024, est aujourd’hui sur la table des chancelleries. Elle témoigne de la profondeur de la rupture transatlantique provoquée par l’aventure iranienne de Donald Trump.
Et maintenant ?
La crise ouverte entre Washington et ses alliés européens sur le dossier iranien pourrait avoir des conséquences géopolitiques plus durables que la guerre elle-même. Même si les États-Unis ne quittent pas formellement l’OTAN, la confiance est rompue.
L’Europe découvre brutalement qu’elle ne peut plus compter aveuglément sur la protection américaine. Et qu’elle doit, dans l’urgence, inventer sa propre défense. Une révolution stratégique dont l’Histoire retiendra peut-être qu’elle a commencé… à cause de l’Iran.
Emmanuel JOSEPH
Mode Info 24
Source : The Wall Street Journal