Nous sommes en train de perdre. Pas une élection, pas un débat. Nous sommes en train de perdre la jeunesse haïtienne. Et les fossoyeurs ne sont pas dans les gangs. Ils portent des costumes, tiennent des micros et ont des milliers de followers. Ceci n’est pas un article. C’est un ultimatum moral.
Oubliez la diplomatie. Oubliez les débats polis de salon. Aujourd’hui, en Haïti, les voix publiques, journalistes, influenceurs, leaders d’opinion sont devenues les gladiateurs d’un Colisée Médiatique. Ils se déchirent à la chaîne, sous les acclamations d’une foule qui ne sait plus distinguer le sang de la bave.
Ce n’est pas un spectacle. C’est une exécution publique. Et ce n’est pas leur sang qui coule. C’est le respect. C’est la dignité. C’est l’espoir de centaines de milliers de jeunes qui, derrière leurs écrans, prennent des notes sans même le savoir et apprennent que pour gagner, il faut détruire.
Inutile de donner des noms. Quiconque ouvre les réseaux sociaux les voit. Des amis qui riaient ensemble, qui s’unissaient pour défendre une cause, se lancent désormais des insultes comme des flèches empoisonnées. Ils déterrent la vie privée les uns des autres, passent sur les mêmes chaînes de télévision pour détruire des réputations, et oublient que derrière chaque écran, il y a une jeunesse qui regarde les yeux grands ouverts. Qui prend des notes sans même le savoir.
Le poison du mauvais exemple : Ils forgent une génération de haine
Quand un adolescent voit deux personnalités qu’il admire se déchirer, que retient-il ? Il ne retient pas la cause du conflit. Il retient la méthode. L’insulte au lieu de l’argument. La trahison au lieu du dialogue. La rivalité malsaine au lieu de la compétition saine.
Cela crée une jeunesse divisée, qui croit que la solidarité est un vieux mot dépassé, et que le « déchirement » est la nouvelle façon d’avancer. Nous le voyons déjà dans les rues, dans les écoles, dans les espaces communautaires. De petits groupes se forment sur la base de « l’équipe de tel influenceur » contre « l’équipe de l’autre ». Sans même s’en rendre compte, nous sommes en train de créer une société où l’amour devient un signe de faiblesse, et où le respect est un vieux souvenir du passé.
Responsabilité morale : Le pilier central est en train de céder
On dit : « L’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui grandit. » Aujourd’hui, le vacarme des déchirements couvre les voix qui cherchaient à construire. Mais nous refusons de croire que le silence est définitif. Nous croyons qu’il est encore temps pour un sursaut moral.
Les journalistes et les influenceurs ne sont pas de simples personnes à la recherche d’argent ou de célébrité. Ils sont aussi les enfants de ce pays, des grands frères, des grandes sœurs, des pères, des mères. Ils ont un héritage à porter. Il fut un temps où des noms comme Jean Dominique, Sony Bastien, ou d’autres voix qui s’élevaient, étaient associés à la dignité, à la vérité, à une forme de sacrifice. Ils avaient compris que la parole est un couteau à double tranchant : on peut s’en servir pour opérer une maladie, ou pour tuer quelqu’un. Aujourd’hui, trop parmi nous utilisent ce couteau pour tuer l’âme d’une génération montante.

À quoi cela sert-il pour la jeunesse ? — Un cri dans le désordre national
Mais une question brûle au cœur de tout ce débat, une question plus grande que les querelles entre deux personnes : À quoi cela sert-il pour la jeunesse, si aujourd’hui nous prêchons l’amour, demain nous sommes dans le déchirement, et après-demain nous motivons sans aucune cohérence ? Que disons-nous à tous ceux qui nous suivent, quand ils constatent que ce sont nos paroles qu’ils écoutent le plus, mais que c’est nous qui tenons le moins en bride la force destructrice qui sort de nos bouches ?
Ces paroles tombent comme un coup de poignard dans le cœur de la société. Nous avions tous l’habitude de critiquer les politiciens parce qu’ils se tapaient dessus, de critiquer les musiciens et les artistes parce qu’ils semaient la discorde dans leurs morceaux et leurs vidéos. Mais aujourd’hui, c’est nous, la presse — le Quatrième Pouvoir — qui faisons la même chose. La justice semble endormie ; il n’y a pas de pouvoir législatif pour écrire des lois qui freinent ces dérives ; et il n’y a pas de pouvoir exécutif, même si le Premier ministre a tout pouvoir après Dieu, qui élève la voix pour dire assez. C’est comme si le pays était totalement désuni, et que personne n’était responsable.
Pourtant, c’est dans ce désordre que nous devons réaliser une chose : C’est nous qu’ils suivent, c’est nous qu’ils écoutent. Si nous ne nous unissons pas, qui d’autre les unira ? Si nous ne pouvons pas montrer la voie de l’amour et du respect, comment une jeunesse qui a fini par se dépraver — mais qui, au fond d’elle-même, cherche encore des modèles — trouvera-t-elle jamais son chemin ? Ils sont les enfants du pays. Ils aspirent à voir la lumière, même épuisés par les ténèbres. Il est de notre responsabilité de redevenir cette lumière, sans hypocrisie, sans contradiction.
L’hédonisme : Le verdict d’une jeunesse perdue
Pourquoi nos jeunes sont-ils devenus « hédonistes » ? Pourquoi ne croient-ils plus en rien ? Parce qu’ils ont vu leurs idoles se vendre, se déchirer et se contredire. Ils ont conclu que tout est un spectacle, que la parole n’a aucune valeur, et que la seule façon de survivre est de s’amuser en attendant que le bateau coule.
L’hédonisme n’est pas un vice de la jeunesse. C’est le verdict implacable que cette jeunesse a rendu contre nous, les adultes, qui avons failli à notre devoir d’exemplarité.
Arrêtons de jouer avec le feu, unissons-nous pour sauver la jeunesse
Mode Info 24 (ou toute plateforme portant ce message) n’est pas là pour humilier, mais pour sonner une cloche. Une cloche qui dit : Assez ! Nous ne pouvons plus influencer pour des intérêts personnels, pour gonfler l’audience, pour se faire un petit nom sur le dos d’un autre. Nous devons commencer à influencer pour ceux qui ont besoin de l’être : la jeunesse qui cherche son chemin, les parents qui veulent des modèles solides pour leurs enfants, et toute une société qui se démène pour s’en sortir.
Nous lançons un appel direct à tous ceux qui disposent d’une tribune :
- 1. Retrouvons la maturité. Faites la différence entre un désaccord professionnel et une attaque personnelle. Parlez des idées, pas des personnes.
- 2. Rappelez-vous qui vous regarde. Chaque fois que vous prenez le micro, imaginez un enfant de 14 ans qui copie tout ce que vous faites. Êtes-vous fier du modèle que vous donnez ?
- 3. Construisez des ponts au lieu de créer des murs. Allez à la rencontre de votre ancien adversaire, non par hypocrisie, mais pour montrer que le dialogue est une force, pas une faiblesse.
- 4. Mesdames, messieurs les journalistes et influenceurs, tenons compte de notre force sur la jeunesse. Au lieu de la diviser pour nos propres causes, au lieu de choisir chacun son camp, priorisons Haïti. Ce pays a besoin d’amour pour se relever face à l’injustice sociale. Nos divisions font très mal à une jeunesse déjà dépravée, une jeunesse devenue plaisiïste. Ne lui volons pas ce qui lui reste.
- 5. Reconnaissez notre force collective. C’est nous qu’ils suivent, c’est nous qu’ils écoutent. Unissons-nous pour aider le pays à sortir de ce bourbier, pour unifier une société qui a fini par se désagréger. Si nous ne prenons pas position, nous continuerons à voir la jeunesse se dépraver sous nos yeux, sans modèles solides à suivre.
Que Laisserons-nous pour Demain ?
Le pays n’a pas besoin de plus de gens qui parlent fort. Il a besoin de gens qui parlent bien. Qui utilisent leur voix pour semer l’amour au milieu des ronces de la haine, pour planter le respect là où le mépris a pris racine. Journalistes et influenceurs ont une responsabilité historique : soit ils font partie de ceux qui réparent le tissu social déchiré, soit ils font partie de ceux qui achèvent de le déchirer.
Nous croyons au pouvoir d’un nouveau départ. Un départ où, au lieu de jeter des pierres, nous tendons la main. Où, au lieu de déchirer, nous abattons les barrières. Et nous demandons à tous ceux qui ont une voix : faisons un beau bruit. Un bruit qui appelle la jeunesse à dire : « Regardez, même quand nous ne sommes pas d’accord, nous pouvons le faire avec respect. Même quand nous sommes blessés, nous pouvons guérir. Même quand nous tombons, nous pouvons nous relever ensemble. »
Nos paroles sont des semences. Voyons si nous plantons des arbres qui offrent ombre et vie, ou des mauvaises herbes qui étouffent l’espoir de la génération à venir.