Le gouverneur de la Banque centrale d’Iran, Abdolnasser Hemmati, affirme que les documents signés n’obligent pas Téhéran à acheter des produits agricoles américains avec les fonds libérés. Une contradiction qui fragilise la narration de l’administration Trump sur les retombées économiques de l’accord.

Une lecture divergente de l’accord

L’accord sur la libération des avoirs iraniens gelés, présenté par l’administration Trump comme un succès diplomatique et économique, est déjà l’objet d’une bataille d’interprétation. Alors que Donald Trump et son vice-président J.D. Vance avaient assuré que les fonds libérés profiteraient directement aux agriculteurs américains via l’achat de maïs, de soja et de blé, Téhéran oppose une version radicalement différente.

Le gouverneur de la Banque centrale d’Iran, Abdolnasser Hemmati, a déclaré que les documents signés n’obligent pas son pays à acheter des produits agricoles américains avec les fonds débloqués. Selon lui, l’Iran pourra utiliser la seconde tranche des avoirs gelés pour acheter tout bien non soumis aux sanctions, en fonction des prix et de la qualité.

Si la nourriture américaine est moins chère et de meilleure qualité, l’Iran peut l’acheter

Dans une déclaration rapportée par Al Jazeera, Abdolnasser Hemmati a précisé que Téhéran n’exclut pas d’acheter des produits américains, mais à une condition : “Si la nourriture américaine est moins chère et de meilleure qualité, l’Iran peut l’acheter.” Une formulation qui laisse entendre que les produits américains devront faire preuve de leur compétitivité face à d’autres fournisseurs internationaux.

Cette position contredit directement le récit de l’administration Trump. J.D. Vance avait notamment insisté sur le fait que l’accord permettrait de  «remettre de l’argent dans les poches des agriculteurs américains», en orientant les achats iraniens vers les producteurs du Midwest.

Des fonds iraniens, pas américains

Le cœur du désaccord réside dans la nature même des fonds libérés. Pour l’administration Trump, il s’agit d’une manne qui doit bénéficier à l’économie américaine. Pour Téhéran, il s’agit d’argent iranien, qui doit être utilisé selon les intérêts de la République islamique.

Hemmati a martelé ce point : les fonds sont iraniens, et Téhéran décidera de leur utilisation en fonction de trois critères : le prix, la qualité et le respect des règles sur les sanctions. Une position qui prive Washington de tout contrôle sur la destination finale des capitaux libérés.

Un accord déjà fragilisé

Cette divergence d’interprétation survient alors que l’accord était déjà critiqué par les alliés d’Israël, qui y voient une concession dangereuse face à Téhéran. La contradiction sur l’utilisation des fonds pourrait également compliquer la mise en œuvre pratique de l’accord, les deux parties ayant des attentes radicalement différentes.

Pour l’instant, ni la Maison-Blanche ni le département d’État n’ont réagi officiellement aux déclarations du gouverneur de la Banque centrale d’Iran. Mais cette prise de parole iranienne risque de raviver les critiques des républicains les plus durs, qui dénoncent déjà un accord trop favorable à Téhéran.

La suite du feuilleton

Le prochain épisode de ce bras de fer diplomatique se jouera sur le terrain des transactions concrètes. L’Iran utilisera-t-il les fonds libérés pour acheter du blé américain, ou se tournera-t-il vers d’autres fournisseurs comme la Russie, la Chine ou le Brésil ? La réponse conditionnera la crédibilité de l’accord et l’avenir des relations entre Washington et Téhéran.

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