La vacance ouverte au Ministère de la Culture et de la Communication est plus qu’une crise de gouvernance : c’est un test pour la vision culturelle d’Haïti. Nommer Carel Pedre serait un pari. Mais dans un pays où la culture est la seule industrie qui ne connaît pas la crise, ce pari vaut la peine d’être tenté.

(ModeInfo24.com) – La lettre de démission de Jean-Guy Denis, sobre et digne, a été enregistrée à la Primature le 14 avril. L’ancien Directeur Général du Ministère de la Culture et de la Communication invoque des « divergences de vision stratégique ». Mais le timing, deux jours après la bousculade meurtrière de la Citadelle Laferrière, ne trompe personne. Il fallait un responsable. Il est tombé.

Et maintenant ? Le poste est vacant. Le ministre Emmanuel Ménard et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ont devant eux une décision qui dépasse le simple casting administratif. Il s’agit de choisir ce que sera la culture haïtienne pour les prochaines années : une forteresse de technocrates discrets, ou une maison ouverte sur le peuple, les artistes et le monde.

C’est dans ce contexte que le nom de Carel Pedre s’impose avec une force tranquille. Connu de tous les Haïtiens, des ruelles de Port-de-Paix aux studios de Miami, l’animateur de Digicel Stars et de Chokarella incarne une culture vivante, populaire, moderne. Sa nomination serait un électrochoc. Mais est-ce une folie ou une évidence ?

L’audace : nommer un homme qui vient d’ailleurs

Commençons par l’objection évidente. Carel Pedre n’est pas un haut fonctionnaire. Il n’a jamais géré un budget public, ni piloté une administration de plusieurs centaines d’agents. Son royaume, c’est le micro, la caméra, le direct, l’émotion. Pas les notes de service ni les arbitrages budgétaires.

Nommer Carel Pedre, c’est prendre le risque de l’inexpérience administrative. C’est s’exposer aux critiques de ceux qui, dans les couloirs feutrés des ministères, considèrent que la culture est une affaire trop sérieuse pour être confiée à un « amuseur public ». C’est accepter que la courbe d’apprentissage sera raide, et que les premiers mois pourraient être chaotiques.

L’audace, c’est aussi nommer un homme dont le parcours personnel a connu des turbulences. Carel Pedre a traversé des épreuves judiciaires aux États-Unis, largement médiatisées. Ses détracteurs ne manqueront pas de les exhumer. Ses partisans répondront que la justice a fait son œuvre, et que juger un homme sur son passé plutôt que sur ce qu’il peut apporter aujourd’hui est une faute.

L’évidence : nommer un homme qui incarne la culture

Mais regardons l’autre versant. Que pèse l’inexpérience administrative face à la capacité unique de Carel Pedre à parler à tous les Haïtiens ?

Depuis plus de vingt ans, cet homme est au cœur de la culture nationale. Digicel Stars a révélé des dizaines de talents, a fait rêver des milliers de jeunes, a prouvé que la culture haïtienne pouvait être un spectacle fédérateur et rentable. Chokarella a modernisé le paysage médiatique, offrant une plateforme inédite aux artistes, aux penseurs, aux entrepreneurs. Carel Pedre n’a pas seulement observé la culture haïtienne : il l’a façonnée.

Nommer Carel Pedre, c’est envoyer un signal clair à la jeunesse : l’État vous voit, vous entend, et il est prêt à confier les clés à ceux qui vous comprennent. C’est dire aux artistes de province, trop souvent oubliés des circuits officiels de Port-au-Prince, que leur tour est venu. C’est affirmer que la culture n’est pas un supplément d’âme pour les cérémonies officielles, mais le ciment d’une nation en quête d’elle-même.

Ce que Carel Pedre pourrait changer

Imaginons, l’espace d’un instant, Carel Pedre installé dans le bureau de directeur général. Qu’apporterait-il de différent ?

1. Une visibilité internationale immédiate. Carel Pedre est connu de la diaspora et des médias étrangers. Chacune de ses prises de parole serait relayée. Le ministère, aujourd’hui silencieux, aurait soudain une voix qui porte.
2. Un accès direct aux artistes et aux créateurs. Carel connaît tout le monde. Il sait les difficultés des musiciens, des peintres, des danseurs. Il peut, mieux qu’un haut fonctionnaire, fédérer les énergies créatives.
3. Une modernisation de l’approche. La culture ne se limite pas au patrimoine, aussi précieux soit-il. Elle vit sur TikTok, YouTube, dans les studios d’enregistrement, sur les scènes improvisées des quartiers populaires. Carel Pedre comprend ces nouveaux territoires. Il peut faire entrer le ministère dans le XXIe siècle.
4. Une légitimité populaire. Dans un pays où la défiance envers les institutions est abyssale, nommer un homme aimé et respecté du grand public serait un geste politique fort. Cela redonnerait un peu de crédit à l’État.

Les conditions de la réussite

L’audace ne suffit pas. Pour que ce pari réussisse, plusieurs conditions sont nécessaires.

  • Un mandat clair. Carel Pedre ne doit pas être nommé pour faire de la figuration. Le gouvernement doit lui donner une feuille de route précise : décentraliser la culture, protéger le patrimoine, soutenir la création contemporaine, promouvoir Haïti à l’international.
  • Une équipe solide. Carel Pedre n’est pas un administrateur. Il lui faudra un directeur de cabinet et des chefs de service compétents, capables de traduire sa vision en actes administratifs. Il apportera le souffle ; eux apporteront la rigueur.
  • Un soutien politique sans faille. Le ministre Emmanuel Ménard et le Premier ministre devront le défendre contre les inévitables attaques. Ils devront aussi lui laisser l’espace nécessaire pour agir, sans le corseter dans des logiques partisanes.

Alors, audace ou évidence ?

La réponse est : les deux. Audace, parce que nommer un homme issu du secteur privé et des médias à un poste de cette responsabilité bouscule les usages. Évidence, parce que Carel Pedre est, par son parcours, sa notoriété et sa passion, l’une des personnes les plus légitimes pour porter la culture haïtienne aujourd’hui.

La culture haïtienne est à un carrefour. Elle peut rester une citadelle administrative, gérée par des fonctionnaires compétents mais invisibles. Ou elle peut devenir un étendard, porté par une voix qui sait se faire entendre.

Le gouvernement a l’opportunité de faire un choix historique. Un choix qui dirait à tous les Haïtiens, de l’intérieur comme de la diaspora : « Votre culture compte. Nous lui donnons les moyens de rayonner. »

Carel Pedre à la tête de la Culture : ce serait un signal. Celui que l’État haïtien est capable, parfois, d’écouter le pays réel.

Et si le téléphone sonne, Carel, réponds. La culture haïtienne en a besoin.


Emmanuel JOSEPH
Mode Info 24

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