Quinze jours après son arrestation dans le cadre de l’enquête sur la bousculade meurtrière du 11 avril, le maire principal de Milot, Wesner Joseph, a été libéré ce mardi 28 avril 2026 sur décision de la juge d’instruction Me Adeline Julmice. L’édile, qui nie toute implication, a remercié la population pour son soutien.
C’est une nouvelle étape importante dans l’enquête sur le drame de la Citadelle Laferrière. Le maire principal de Milot, Wesner Joseph, a été remis en liberté ce mardi 28 avril 2026, après avoir été auditionné la veille par la juge d’instruction Me Adeline Julmice près le tribunal de première instance du Cap-Haïtien. La magistrate a estimé qu’il n’y avait pas lieu de maintenir l’élu en détention à ce stade des investigations.
Wesner Joseph était accusé de « complicité » dans la bousculade qui a coûté la vie à 25 personnes le 11 avril dernier sur le site de la Citadelle Henry, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce drame, provoqué par un mouvement de foule lors d’une activité non autorisée baptisée « Citadelle Vibes 3.0 », promue sur les réseaux sociaux par un influenceur, a profondément choqué le pays.
Un maire qui nie toute implication
Arrêté le 13 avril 2026, soit deux jours après la tragédie, Wesner Joseph a passé plus de deux semaines en détention préventive, dont plusieurs jours dans des conditions dénoncées comme « extrêmement insalubres » par des sources policières citées dans la presse. Lors de son audition du lundi 27 avril, le maire a fermement rejeté toute responsabilité dans les événements. Il affirme n’avoir joué aucun rôle dans l’organisation ou l’autorisation de l’activité qui a viré au drame.
Cette ligne de défense a toujours été portée par son conseil. Son avocat, Me Plauguste Carcéus, avait déclaré dès les premiers jours de la détention que les autorités de Milot n’avaient « donné aucune autorisation pour la tenue d’événements ce jour-là ». La défense rappelle que c’est l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) qui est l’organisme habilité à autoriser les événements à la Citadelle, et non la mairie.
« Merci à la population »
À sa sortie de prison, l’édile a exprimé sa gratitude envers ses avocats, sa famille, ainsi que les membres de la population qui lui ont apporté leur soutien durant son incarcération. Cette libération intervient après plusieurs jours de mobilisation de ses partisans. Le 23 avril 2026, une manifestation s’était tenue devant le parquet du Cap-Haïtien pour exiger sa remise en liberté. Les protestataires dénonçaient une « arrestation arbitraire » et estimaient que le maire servait de « bouc émissaire » dans cette affaire.
Le parti politique Pitit Dessalines, par la voix de son dirigeant Moïse Jean-Charles, avait également réclamé la libération du maire dans la presse locale, dénonçant une détention jugée « arbitraire et illégale ». Plusieurs autres voix s’étaient élevées pour demander que toute la lumière soit faite sur les responsabilités réelles, au-delà de la seule personne du maire.
Bracelets controversés et chaîne de responsabilités
L’accusation s’appuyait notamment sur la diffusion virale de photos de bracelets de fête portant l’inscription « Mairie de Milot 2026 », laissant supposer une implication de la commune dans l’organisation de l’événement. La défense a toujours contesté cette interprétation, rappelant que ces bracelets ne constituaient en rien une preuve d’autorisation officielle.
Le drame de la Citadelle a mis en lumière une série de défaillances structurelles et organisationnelles : insuffisance de planification, non-respect des capacités d’accueil, coordination déficiente entre les acteurs, lacunes dans le contrôle des accès et la gestion des urgences. Un rapport interne de l’ISPAN, cité par plusieurs médias, fait état de ces manquements significatifs.
Dans le cadre de l’enquête, sept personnes ont été interpellées au total, parmi lesquelles cinq agents de la police municipale de Milot et deux employés de l’ISPAN. Le directeur départemental de l’ISPAN, Achile Néat, est quant à lui en fuite après avoir été irrégulièrement remis en liberté par un officier de police, une affaire qui fait l’objet de vives controverses.
Un dossier loin d’être refermé
Si la libération de Wesner Joseph constitue un soulagement pour ses partisans, l’enquête se poursuit. La juge d’instruction devrait procéder à d’autres auditions dans les prochains jours. Les questions restent nombreuses sur les responsabilités exactes dans cette tragédie. Comme l’a souligné une source proche du dossier, « de nombreuses interrogations subsistent. Il est impératif de situer les responsabilités à tous les niveaux ».
Le drame de la Citadelle Laferrière continue de hanter la commune de Milot et l’ensemble du pays.