L’atelier de l’Association haïtienne des médias en ligne (AHML) s’est achevé sur une promesse : doter Haïti d’une charte de bonnes pratiques et d’un label de confiance international. Mais derrière l’ambition affichée, une question brûlante demeure : les médias en ligne, principaux propagateurs d’intox, vont-ils vraiment changer de cap ?

Pendant trois jours, la capitale haïtienne a vibré au rythme des débats sur l’avenir de l’information. L’atelier organisé par l’AHML autour de la Journalism Trust Initiative (JTI) et d’une charte de bonnes pratiques a réuni journalistes, éditeurs et représentants de la société civile. L’objectif : assainir un paysage médiatique saturé de rumeurs et de fausses nouvelles. Mais à l’heure du bilan, une interrogation tenace persiste : un label et une charte suffiront-ils à endiguer le flot d’intoxications qui submerge les Haïtiens ?

La JTI, un rempart né en Europe et testé aux quatre coins du monde

Pour mesurer l’ambition, il faut remonter aux origines. La Journalism Trust Initiative est le fruit d’un constat partagé par Reporters sans frontières (RSF) et des dizaines d’organisations professionnelles : face à la défiance grandissante du public, il fallait réinventer la crédibilité. Lancé le 3 avril 2018, le projet a mobilisé 130 experts internationaux et abouti, en décembre 2019, à la publication de la norme européenne CWA 17493.

Sa spécificité ? Elle ne juge pas le fond des articles, mais la transparence des méthodes : qui possède le média, comment il se finance, s’il dispose d’une charte éthique, comment il corrige ses erreurs. En cinq ans, la JTI a séduit plus de 2 000 médias dans 119 pays. Désormais, elle entend poser ses valises en Haïti.

Ce que l’atelier a changé

Les trois jours de travaux ont permis de poser les fondations. La cartographie des médias – presse écrite, radio, télévision, médias en ligne, réseaux sociaux, influenceurs a été détaillée avec une précision inédite. « Sans paysage clairement défini, la communication avec le public restera, dans le meilleur des cas, incomplète », a martelé Godson Lubrun, président de l’AHML.

L’atelier a aussi accouché d’une charte de bonnes pratiques, qui aborde la vérification des faits, la protection des sources, la distinction entre information et opinion. Le ministre de la Culture et de la Communication, Emmanuel Ménard, et le représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Arnaud Royer, ont salué l’initiative. Une reconnaissance officielle qui donne du poids à la démarche.

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Mais les fake news vont-elles vraiment reculer ?

Si le volontarisme est réel, les obstacles sont colossaux. La JTI fonctionne sur une base volontaire : les médias les plus professionnels y adhéreront, mais ceux qui prospèrent sur la désinformation n’ont aucun intérêt à s’y soumettre. Or, en Haïti, environ 80 % de la population s’informe via les réseaux sociaux, où les rumeurs circulent sans filtre. Un label de confiance, aussi prestigieux soit-il, ne modifiera pas du jour au lendemain les habitudes de millions d’utilisateurs.

Conscient du défi, Godson Lubrun tempère les attentes : « Nous sommes conscients que tout le monde ne pourra pas être certifié du jour au lendemain. Mais la cartographie et la charte permettront déjà d’assainir le secteur. Notre objectif est une presse libre mais responsable, où chacun joue le jeu de la transparence. »

Un début, pas une fin

Crédit photo AHML

L’atelier de trois jours n’est qu’une première pierre. La JTI va maintenant entrer dans sa phase de déploiement : auto-évaluation, publication des rapports de transparence, audits indépendants. La charte devra être signée et respectée. La cartographie, alimentée et rendue publique. Le chemin est long, mais pour la première fois depuis des années, les médias haïtiens disposent d’une boussole.

La suite dépendra de la volonté collective. Les fake news ne disparaîtront pas par magie. Mais en offrant aux citoyens un outil pour distinguer le vrai du faux, l’AHML a fait un pari audacieux : celui de la transparence contre l’opacité, de la rigueur contre l’intox. Un pari qui ne se gagnera qu’avec le temps.


À retenir

La Journalism Trust Initiative (JTI) est une norme internationale promue par Reporters sans frontières (RSF) depuis 2019. Elle certifie non pas le contenu, mais la transparence des processus éditoriaux : propriété, indépendance, charte éthique, vérification des faits.

  • L’AHML a organisé du 27 au 29 avril 2026 un atelier de trois jours pour élaborer une charte de bonnes pratiques et lancer la cartographie des médias en Haïti.
  • L’initiative a été saluée par le ministre de la Culture et de la Communication, Emmanuel Ménard, et le représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Arnaud Royer.
  • L’objectif affiché est de renforcer un environnement informationnel plus fiable en Haïti, en responsabilisant les acteurs et en protégeant le public.
  • La question centrale demeure : un label de qualité et une charte peuvent-ils dissuader les médias peu scrupuleux de diffuser de fausses informations ? La réponse dépendra de l’adhésion volontaire des plateformes et d’un futur renforcement du cadre légal haïtien.
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