Impopulaire, fragilisé par les démissions en série et la montée en puissance de son rival Andy Burnham, le chef du gouvernement travailliste a cédé face à la pression de son propre camp. La course à sa succession s’ouvrira le 9 juillet, avec un favori déjà désigné.

Un discours teinté d’émotion

C’est devant le 10 Downing Street, entouré de ses proches collaborateurs et de son épouse Victoria, que Keir Starmer a annoncé son départ. La voix parfois étranglée par l’émotion, il a justifié sa décision par l’intérêt supérieur du pays : “La question que se pose actuellement mon parti est de savoir si je suis la personne la mieux placée pour nous mener aux prochaines élections législatives”. Et d’ajouter : “J’ai pris connaissance de la réponse apportée par mon groupe parlementaire, et j’accepte cette réponse de bonne grâce”.

Le Premier ministre sortant, qui restera en fonction jusqu’à la désignation de son successeur, a tenu à défendre son bilan : emploi, immigration, lutte contre la pauvreté infantile. Il a également assuré qu’il apporterait “son soutien total et sans équivoque” à son successeur. Mais c’est sur une note personnelle qu’il a conclu : “Je consacrerai plus de temps à être le meilleur mari possible pour ma femme et le meilleur père pour mes enfants”.

Les cinq dossiers qui ont précipité sa chute

Arrivé au pouvoir en juillet 2024 après quatorze ans de gouvernements conservateurs, Keir Starmer avait pourtant conquis une majorité écrasante. Mais en deux ans, sa popularité s’est effritée. Plusieurs dossiers ont aggravé sa situation :

  • Les coupes sociales controversées : Sa décision de réduire l’allocation chauffage pour dix millions de retraités a provoqué un tollé, l’obligeant à un revirement en mai 2025.
  • La hausse d’impôts : Contre ses promesses, son gouvernement a augmenté la National Insurance, une forme d’impôt sur les salaires.
  • Le scandale Mandelson : La nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington, puis son limogeage après des révélations sur ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein, a durablement entaché sa crédibilité.
  • L’échec migratoire : Le parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage, en tête des sondages, a dénoncé l’incapacité du gouvernement à réduire les arrivées de migrants, qui ont encore dépassé les 41 000 en 2025.
  • La déroute électorale : Le 7 mai, Reform UK a remporté près de 1 500 sièges aux élections locales, infligeant une défaite cinglante au Labour et intensifiant les appels à la démission au sein du parti.

Andy Burnham, le “roi du Nord” en pole position

La démission de Keir Starmer ouvre la voie à son rival de toujours : Andy Burnham, maire du Grand Manchester, qui a remporté haut la main une élection législative partielle jeudi dernier dans la circonscription de Makerfield, avec 54,8 % des voix. Surnommé le “roi du Nord”, il a confirmé ce lundi sa candidature à la succession.

L’ancien ministre de la Santé Wes Streeting, qui avait démissionné du gouvernement pour pouvoir se présenter, a annoncé qu’il soutiendrait finalement Andy Burnham. Ce ralliement rend presque certain un “couronnement” sans opposition. Burnham pourrait ainsi être nommé dès le 17 juillet, devenant le septième Premier ministre britannique depuis 2016.

Une instabilité politique inédite

La démission de Keir Starmer illustre la fragilité chronique de la vie politique britannique. Depuis le référendum sur le Brexit en 2016, les chefs de gouvernement se succèdent à un rythme effréné. La France, avec huit Premiers ministres sur la même période, n’est pas en reste – mais outre-Manche, cette instabilité est devenue la norme.

Le Royaume-Uni s’apprête ainsi à vivre un septième changement de locataire au 10 Downing Street en dix ans. Une situation sans précédent dans l’histoire moderne du pays, qui intervient à la veille du dixième anniversaire du vote sur le Brexit, une décision qui continue de peser sur l’économie et la politique britanniques.

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