Port-au-Prince, 31 mars 2026 – La trêve internationale de mars devait être une répétition générale avant le Mondial. Elle a laissé les supporters haïtiens sur leur faim. Une défaite face à la Tunisie (1-0), puis un nul arraché face à l’Islande (1-1) grâce à un but de Wilson Isidor à la 88e minute. Deux matchs, zéro victoire. Des leçons à tirer, des décisions à prendre.
Désormais, les questions s’accumulent. Faut-il encore aller chercher des binationaux évoluant en Europe ? Gorby Jean‑Baptiste (FC Braga/Portugal) et Odsonne Édouard (Lens/Ligue 1) sont dans le viseur. Mais ces “nouveaux” risquent de prendre la place de ceux qui ont qualifié Haïti. Ces derniers accepteront-ils de devenir remplaçants ? Et comment Sébastien Migné va-t-il gérer un groupe désormais à deux vitesses ? Une seule certitude : les Haïtiens attendent une bonne prestation en Coupe du monde, et ils ne pardonneront pas les querelles de personnes.
DEUX MATCHS, ZÉRO VICTOIRE : QUELLES LEÇONS TIRER ?
Le constat est implacable. Contre la Tunisie, Haïti a manqué d’intensité, de justesse technique et d’occasions franches. Contre l’Islande, les Grenadiers ont montré du caractère en arrachant le nul, mais les lacunes défensives et le manque de maîtrise collective sont apparus au grand jour.
Les enseignements :
– La défense doit être plus solide sur les phases arrêtées.
– L’attaque, même avec Isidor, manque parfois de finition.
– Le milieu de terrain a eu du mal à imposer son rythme face à des adversaires pourtant à portée.
Pour Sébastien Migné, ces deux matchs ont confirmé des points positifs (l’intégration réussie de Wilson Isidor) mais aussi révélé des fragilités qui, si elles ne sont pas corrigées, pourraient coûter cher face à l’Écosse, au Brésil et au Maroc.
GORBY JEAN‑BAPTISTE ET ODSONNE ÉDOUARD : HAÏTI DOIT-ELLE CONTINUER À CHERCHER CES BINATIONAUX ?
Wilson Isidor a ouvert la voie. Appelé pour la première fois, l’attaquant de Sunderland a joué 90 minutes face à l’Islande et inscrit son premier but. Sa prestation a prouvé qu’un binational pouvait s’intégrer rapidement et peser sur le jeu.
Dès lors, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Deux noms reviennent avec insistance :
– Gorby Jean‑Baptiste : défenseur central de 27 ans, il évolue au FC Braga (Portugal), club régulièrement présent en coupe d’Europe. Solide dans les duels, bon relanceur, il apporterait une sérénité à une charnière qui a parfois vacillé.
– Odsonne Édouard : attaquant de 28 ans, passé par le Celtic Glasgow, la Premier League et la Ligue 1. Buteur expérimenté, il pourrait former avec Frantzdy Pierrot ou Duckens Nazon un duo d’attaque redoutable.
Mais leur arrivée ne va pas de soi. Contrairement à Isidor, qui est arrivé tôt dans la préparation, Jean‑Baptiste et Édouard n’ont jamais porté le maillot haïtien. Leur intégration à quelques semaines du Mondial pourrait être perçue comme une injustice par ceux qui ont porté l’équipe pendant les éliminatoires.
LES “QUALIFIÉS” ACCEPTERONT-ILS DE LAISSER LEUR PLACE ?
C’est la question qui fâche. Ricardo Adé, Duckens Nazon, Frantzdy Pierrot, Danley Jean-Jacques, Carlens Arcus Ces joueurs ont usé leurs crampons sur tous les terrains de la Concacaf. Ils ont encaissé les critiques, pris les coups, et finalement offert au pays une qualification historique.
Aujourd’hui, ils voient arriver des joueurs qui n’ont jamais connu les éliminatoires, parfois même qui n’avaient jamais évoqué la sélection haïtienne. La tentation est forte de leur dire : vous n’étiez pas là quand il fallait être là.
« On a versé notre sang pour ce maillot. Si on nous remplace par des gars qui arrivent au dernier moment parce que c’est la Coupe du monde, ce n’est pas juste » , confie un cadre sous couvert d’anonymat.
Pourtant, plusieurs de ces mêmes joueurs reconnaissent que le niveau du groupe C impose d’avoir les meilleurs. « On veut gagner. Si ces gars nous aident à passer un tour, il faut les prendre. L’important, c’est le maillot », nuance un autre international.
COMMENT SÉBASTIEN MIGNÉ VA-T-IL GÉRER LE GROUPE ?
Le sélectionneur Sébastien Migné est face à un dilemme classique des sélections africaines et caribéennes : comment intégrer des talents de haut niveau sans fracturer le collectif ?
Sa ligne directrice, répétée en interne, est claire :
– La porte est ouverte à tous ceux qui veulent défendre la nation.
– Aucun privilège ne sera accordé sur la base du seul CV.
– Chaque joueur devra se mettre au service du groupe.
Après le match contre l’Islande, Migné a rappelé : « On ne prendra personne qui ne serait pas prêt à s’intégrer dans le groupe. La Coupe du monde, c’est une aventure collective. »
Concrètement, si Jean‑Baptiste et Édouard sont appelés, ils devront passer par la case “stage de préparation”, accepter un rôle éventuel de remplaçant, et prouver sur le terrain qu’ils méritent leur place. Les cadres historiques, eux, devront accepter la concurrence et la possibilité de ne pas être titulaires.
CE QUE LES HAÏTIENS ATTENDENT
Au-delà des querelles de places, les supporters haïtiens ne veulent qu’une chose : une équipe compétitive, capable de rivaliser avec l’Écosse, le Brésil et le Maroc. Personne n’a oublié l’exploit de 1974, personne n’oubliera la qualification pour ce Mondial. Mais personne ne pardonnera non plus une prestation en dessous des attentes.
Les Haïtiens attendent :
– De la fierté : des joueurs qui se battent pour le maillot.
– De l’organisation : une équipe qui sait ce qu’elle fait sur le terrain.
– Du résultat : pas forcément des quarts de finale, mais au moins une prestation qui honore le pays.
CE QU’IL FAUT RETENIR
– Deux matchs, zéro victoire : défaite face à la Tunisie (0-1), nul face à l’Islande (1-1).
– Des leçons à tirer : solidité défensive, finition, rythme.
– Gorby Jean‑Baptiste (FC Braga) et Odsonne Édouard (Ligue 1) sont dans le viseur.
– Les “qualifiés” sont partagés entre la fierté d’avoir porté l’équipe et la nécessité de renforcer le groupe.
– Sébastien Migné devra gérer un groupe à deux vitesses, avec des joueurs venus de parcours différents.
– Les Haïtiens attendent une prestation à la hauteur de l’histoire écrite par cette génération.
La route vers le Mondial est encore longue, et les choix qui seront faits dans les prochaines semaines marqueront durablement l’histoire du football haïtien. Gorby Jean‑Baptiste et Odsonne Édouard peuvent-ils apporter un plus ? Oui. Le feront-ils au détriment de joueurs qui ont donné leur âme pour qualifier le pays ? C’est la question que Sébastien Migné devra trancher avec finesse.
Mais une chose est sûre : les Haïtiens, eux, seront au rendez-vous. Et ils attendent de cette sélection qu’elle les fasse vibrer, qu’elle les rende fiers, qu’elle soit à la hauteur du rêve qu’ils ont construit ensemble.