Lutte contre les violences basées sur le genre dans la Grand’Anse, structuration de la filière pêche sur l’île de la Gonâve : deux projets soutenus par le Fonds canadien d’initiatives locales (FCIL) illustrent la stratégie d’Ottawa en Haïti, qui mise sur l’appui à des organisations locales pour produire des résultats concrets et durables auprès des femmes les plus vulnérables.

Dans ce pays où l’effondrement sécuritaire a aggravé la précarité de millions de personnes, les agences de coopération internationale cherchent des relais fiables sur le terrain. Le Canada en a trouvé deux dans le Sud : le Mouvement des femmes pour le développement de la Grand’Anse (MOFEDGA) et la Fédération Gonâvienne des pêcheurs et artisans de pêche (FEGOPAP).

Grand’Anse : la réponse aux violences faites aux femmes

Le projet mené par MOFEDGA a permis de renforcer les capacités de 25 organisations de la société civile féminines en matière de prévention et de réponse aux violences basées sur le genre (VBG), un phénomène qui touche de façon disproportionnée les femmes et les filles dans les zones rurales haïtiennes, où l’accès à la justice reste largement entravé par l’éloignement, le manque de moyens et la faiblesse des institutions locales.

Sur le terrain, l’action s’est traduite par des résultats chiffrés : 500 personnes, dont au moins 60 % de femmes et de filles, ont été sensibilisées aux droits et aux mécanismes de protection existants. Cinquante survivantes de violences ont par ailleurs bénéficié d’une assistance juridique et psychosociale un accompagnement rare dans une région où les structures d’aide aux victimes sont peu nombreuses.

Le projet ne s’est pas arrêté à la dimension protectrice. Des activités génératrices de revenus ont été mises en place pour des femmes en situation de vulnérabilité, dans une logique d’autosuffisance à court et long terme. Une manière, pour les organisations impliquées, de s’attaquer à un facteur de risque documenté de longue date par les études sur les violences de genre : la dépendance économique, qui maintient nombre de femmes dans des situations d’emprise dont elles peinent à s’extraire.

Sur l’île de la Gonâve, les femmes de la pêche se structurent en coopérative

À une trentaine de kilomètres des côtes de Port-au-Prince, l’île de la Gonâve vit, elle, au rythme de la pêche artisanale. C’est dans ce secteur, où les femmes occupent une place essentielle mais largement informelle la vente de poissons et de fruits de mer, que le FCIL a choisi d’intervenir, en partenariat avec la FEGOPAP.

Le projet « Amélioration de la condition socio-économique des femmes des communautés côtières de l’île de la Gonâve » a permis à quarante vendeuses et membres d’organisations de pêche locales, dont 29 femmes et 11 hommes, de suivre des formations théoriques et pratiques sur les principes et la gouvernance des coopératives. Un local est actuellement en cours d’aménagement ; il sera équipé de panneaux solaires ainsi que de matériel de conservation et de distribution des produits halieutiques.

L’enjeu dépasse la seule question du revenu. En facilitant l’accès des femmes aux moyens de conservation du poisson, le projet doit permettre d’augmenter l’offre de produits disponibles sur les marchés locaux et, par ricochet, les revenus tirés de leur vente. Il vise aussi une meilleure hygiène alimentaire, une consommation accrue de poissons dans la population locale, et ouvre la perspective, à terme, d’une exportation vers d’autres marchés.

Une stratégie d’investissement dans les structures locales

Au-delà de leurs objectifs respectifs protection contre les violences d’un côté, structuration économique de l’autre, les deux projets répondent à une même philosophie : celle d’un appui financier ciblé à des organisations déjà enracinées dans leurs communautés, considérées comme les mieux placées pour identifier les besoins et inscrire le changement dans la durée plutôt que dans l’urgence humanitaire.

Géré par l’ambassade du Canada en Haïti, le Fonds canadien d’initiatives locales finance chaque année des projets de petite envergure dans les domaines de la gouvernance, des droits humains et du développement économique. Les deux initiatives présentées s’inscrivent dans un ensemble plus large de programmes soutenus par le Canada dans le pays, à un moment où l’accès des femmes à la justice et aux opportunités économiques demeure un défi majeur dans plusieurs régions d’Haïti.

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