Son siège a été rasé par les gangs, sa rotative réduite au silence, ses journalistes menacés. Pourtant, Le Nouvelliste a soufflé ce jeudi ses 128 bougies sans jamais plier. Mieux : il a migré en ligne, conserve son intégrité et continue d’inspirer toute une génération de médias, à commencer par Mode Info 24.
Une date. Un chiffre. 128 ans. Un journal qui traverse trois siècles, sept constitutions, une occupation américaine, des dictatures, un séisme dévastateur, et aujourd’hui l’assaut des gangs. Ce journal, c’est Le Nouvelliste, doyen de la presse haïtienne et monument vivant du journalisme mondial.
Alors que les rafales d’armes automatiques déchirent encore Port‑au‑Prince et que la désinformation empoisonne les réseaux sociaux, une rédaction tient bon, privée de ses murs mais pas de son âme. « Le véritable siège d’un journal, c’est l’intégrité de sa rédaction et la confiance de ses lecteurs », a écrit Frantz Duval, rédacteur en chef, dans un éditorial intitulé « 128 ans, au‑delà des ruines ». Une phrase qui vaut toutes les professions de foi.

Max E. Chauvet
Pierre Chauvet fils , Propriétaire
Crédit photo le Nouvelliste
De la rotative au cloud : une renaissance forcée
En 128 ans, Le Nouvelliste a survécu à tout. Mais l’attaque de son siège par des gangs armés, il y a quelques mois, a failli clore ce chapitre. Les presses se sont tues, les archives ont tremblé. Au lieu de céder, le journal a accéléré sa migration numérique, transformant une tragédie en aggiornamento salutaire. Aujourd’hui, il publie en continu sur son site, diffuse des infolettres, occupe les réseaux sociaux sans sacrifier la rigueur de la vérification.
« Nous avons perdu notre maison, mais pas notre raison d’être », résume un journaliste de la rédaction. Un ton donné par la famille Chauvet, propriétaire du titre, qui depuis 1898 fait du Nouvelliste non seulement un patrimoine familial mais un bien public.
Pourquoi Mode Info 24 s’incline devant cette longévité
Nous sommes un jeune média, né dans l’urgence du numérique et la précarité de l’époque. Chaque jour, nous mesurons la difficulté de produire une information fiable dans un pays où l’État ne garantit rien, où les menaces sont quotidiennes, où les modèles économiques sont fracassés. Alors, quand nous observons Le Nouvelliste maintenir le cap depuis un siècle et quart, nous n’y voyons pas seulement un exemple. Nous y voyons une preuve : c’est possible.
Le Nouvelliste nous enseigne au moins trois choses. D’abord, que la crédibilité est un capital qui protège mieux qu’un mur. Ensuite, que le journalisme de qualité peut survivre à l’effondrement de son support physique. Enfin, que l’indépendance éditoriale est une arme de résilience démocratique. Autant de principes que Mode Info 24 s’efforce d’appliquer avec ses modestes moyens.
Frantz Duval et les autres : des capitaines dans la tempête
Il faut nommer les femmes et les hommes qui tiennent la barre. Frantz Duval, rédacteur en chef, dont la plume acérée ne tremble pas. La famille Chauvet, rempart contre les pressions commerciales et politiques. Les correspondants en province, qui bravent l’insécurité pour rapporter les nouvelles des régions. Le personnel administratif et technique, qui recompose l’outil de production chaque matin. Tous méritent le respect de la profession.
Une leçon pour la démocratie haïtienne
Au‑delà de la presse, c’est toute la démocratie haïtienne qui doit s’inspirer de cette endurance. Dans un pays où les institutions s’effondrent les unes après les autres, Le Nouvelliste démontre qu’une organisation privée, attachée à des valeurs, peut traverser les pires tempêtes. Sa capacité à informer, à critiquer et à enquêter demeure un contrepoids essentiel face à l’opacité du pouvoir.
Longue vie, et tous nos vœux
Ce n’est pas un simple anniversaire que célèbre Le Nouvelliste ce jeudi. C’est une résistance active, un pied de nez au chaos, une lumière qui ne s’éteint pas. Mode Info 24 lui souhaite un 128ᵉ anniversaire à la hauteur de son héritage : digne, combatif et résolument tourné vers l’avenir.
Puisse le doyen de la presse haïtienne souffler encore cent bougies de plus. Le pays en a besoin. La démocratie en a besoin. Nous, journalistes, en avons besoin.
La rédaction de Mode Info 24