En plein conflit, Israël a continué d’honorer un contrat d’exportation de missiles intercepteurs Arrow vers l’Allemagne. Une décision qui suscite une vive controverse : des voix s’élèvent pour savoir si des vies israéliennes auraient pu être sauvées si ces armes étaient restées sur le sol national. La réponse du gouvernement peine à convaincre.

C’est une révélation qui secoue l’opinion publique israélienne. Selon des informations rapportées par le Jerusalem Post et le site financier ZeroHedge, l’État hébreu a poursuivi ses livraisons de missiles intercepteurs Arrow à l’Allemagne alors même que ses propres stocks diminuaient dangereusement en pleine confrontation militaire.

Alors que les sirènes d’alerte retentissaient quotidiennement et que le Dôme de fer ainsi que le système Arrow étaient mis à rude épreuve, des batteries et des missiles continuaient de quitter les ports israéliens à destination de Berlin. Pour de nombreux Israéliens, la question est désormais aussi simple que brutale : des citoyens sont-ils morts dans des attaques qui auraient pu être interceptées si ces armes n’avaient pas été expédiées à l’étranger ?

Un contrat signé dans l’urgence et honoré coûte que coûte

L’accord entre Israël et l’Allemagne, signé en 2023 pour un montant estimé à 3,5 milliards de dollars, prévoit la livraison du système de défense antimissile Arrow 3, conçu pour intercepter des missiles balistiques à longue portée. Un contrat historique, le plus important de l’histoire de l’industrie de défense israélienne, motivé par l’invasion russe de l’Ukraine et la nécessité pour l’Europe de renforcer sa défense aérienne.

Mais la guerre qui a éclaté depuis a placé Israël dans une situation de tension extrême sur plusieurs fronts, consommant des stocks d’intercepteurs à un rythme effréné. Le système Arrow, censé protéger le pays contre les missiles balistiques iraniens et houthis, a été activé à plusieurs reprises.

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La justification gouvernementale : « Cela nous aide à produire plus »

Face à la bronca, le gouvernement israélien a justifié sa position. L’argument avancé est que l’accord avec l’Allemagne permet de financer l’augmentation des capacités de production des intercepteurs Arrow. En clair, exporter aujourd’hui permettrait d’en fabriquer davantage demain.

Cette réponse, rationnelle sur le plan industriel, ne passe pas auprès d’une partie de l’opinion publique. Les familles endeuillées et les voix critiques au sein de l’establishment sécuritaire considèrent qu’en temps de guerre, la priorité absolue doit être la protection immédiate des citoyens israéliens, et non le respect de contrats internationaux.

« On ne peut pas expliquer à une mère qui a perdu son enfant sous un missile qu’il n’y avait pas assez d’intercepteurs parce qu’ils étaient sur un bateau pour Berlin », a déclaré un analyste militaire sous couvert d’anonymat.

Des précédents historiques qui pèsent lourd

Cette controverse rappelle d’autres épisodes sombres de l’histoire militaire où des choix d’exportation ont été critiqués en période de tension. Elle pose également la question de la dépendance d’Israël envers les États-Unis pour le réapprovisionnement de ses arsenaux, et de sa capacité à mener une guerre longue sans sacrifier ses engagements internationaux.

L’Allemagne, de son côté, n’a pas commenté officiellement la polémique. Mais à Berlin, on observe avec nervosité la possibilité qu’Israël puisse unilatéralement suspendre ou retarder les livraisons en cas d’escalade majeure.

Le système de défense antimissile Arrow 3 qui a été livré à l’armée de l’air israélienne le 18 janvier 2017 (Crédit : Ministère de la Défense)
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