Sous le feu des reproches après avoir agréé 282 formations, le Conseil électoral provisoire a décidé de frapper fort. Il impose désormais à chaque parti ou regroupement politique de fournir une liste de 30 000 membres pour pouvoir concourir. Une mesure radicale qui rebat les cartes du paysage électoral haïtien.

La réponse du Conseil électoral provisoire (CEP) aux critiques sur l’inflation de partis agréés est tombée, et elle est cinglante. Lundi 4 mai 2026, l’institution a annoncé une série de conditions drastiques qui s’apparentent à un véritable coup de balai dans le marigot politique haïtien.

Après avoir publié la liste des 282 partis agréés sur 320 dossiers déposés, conformément à l’article 144 du Décret électoral du 1er décembre 2025, le CEP a immédiatement sorti l’arme lourde. Dorénavant, chaque parti, regroupement ou organisation politique devra justifier d’au moins 30 000 adhérents, membres ou sympathisants jouissant de leurs droits civils et politiques pour inscrire des candidats à une élection. C’est l’article 139 du projet de décret électoral transmis à l’exécutif.

Un électrochoc après des semaines de polémique

Depuis l’annonce du nombre élevé de partis agréés, la société civile, les organisations de défense des droits civiques et de nombreux observateurs n’avaient pas mâché leurs mots, dénonçant une « mascarade » et un « émiettement suicidaire de l’offre politique ». Face à cette bronca, le CEP a choisi la manière forte.

« Nous avons entendu les critiques légitimes. Cette mesure vise à séparer les véritables forces politiques des coquilles vides qui diluent la volonté populaire », a déclaré un cadre de l’institution sous couvert d’anonymat.

Le choc est immédiat pour des dizaines de petites formations, souvent créées à la veille des scrutins, qui n’auront ni les moyens ni le temps de réunir un tel vivier de militants.

Un filtre qui en cache un autre : le couperet des 3 %

Mais l’exigence des 30 000 adhérents n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le projet de décret, en son article 153, prévoit une sanction encore plus redoutable : tout parti ou regroupement qui n’obtiendra pas au moins 3 % des suffrages exprimés lors d’un scrutin sera interdit de participer à toute élection pendant six ans. Cette exclusion s’appliquera à tous les types de scrutins à venir.

« C’est une double peine qui va forcer les partis à prouver leur ancrage populaire ou à disparaître », analyse un politologue joint par Mode Info 24. « Le CEP ne se contente plus d’administrer les élections, il veut rationaliser l’offre politique. »

Un coup de tonnerre salué et redouté

Si les grandes formations et une partie de l’opinion applaudissent ce « retour à la raison », les petits partis et certains regroupements politiques crient à l’injustice. « C’est une manœuvre pour verrouiller le système au profit des dinosaures politiques », a protesté le secrétaire général d’un mouvement citoyen.

Reste une inconnue de taille : combien de partis survivront à ce filtre ? De source proche du CEP, on estime que près de la moitié des 282 formations agréées pourraient ne pas être en mesure de présenter des candidats. Un raz-de-marée qui redessinerait radicalement le paysage des élections à venir, prévues pour février 2027.

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