Alors que les pourparlers indirects se poursuivent sous médiation omanaise, le Pentagone active des préparatifs de frappe et Trump conditionne tout accord à des concessions majeures sur l’uranium et les missiles. Netanyahu cherche à Washington un engagement plus ferme. La région retient son souffle.
WASHINGTON/MUSCATE – Jamais depuis l’opération Midnight Hammer, à l’été 2025, le golfe Persique n’avait été aussi proche d’un nouvel embrasement. Les images satellite publiées cette semaine sont sans équivoque : le Pentagone a activé une montée en puissance discrète mais méthodique de ses actifs au Moyen-Orient. Officiellement, Washington dit encore privilégier la voie diplomatique. Dans les faits, l’étau se resserre.
1. LA MONTÉE EN PUISSANCE SILENCIEUSE DU PENTAGONE
Les clichés obtenus par plusieurs agences indépendantes montrent un redéploiement tactique inédit sur au moins quatre bases stratégiques.
Ce que révèlent les images :
Base / Zone Éléments observés Interprétation
Al-Udeid (Qatar) Missiles Patriot montés sur camions HEMTT, RC-135, 18 KC-135, 7 C-17 Mobilité maximale pour riposte rapide
Muwaffaq (Jordanie) 17 F-15E, 8 A-10, EA-18G Growler Renfort chasseurs et guerre électronique
Prince Sultan (Arabie saoudite) Présence aérienne accrue Flexibilité logistique
Diego Garcia / Oman Mouvements de ravitaillement Pré-positionnement
« La décision de monter les Patriot sur HEMTT leur donne une mobilité stratégique. Cela signifie qu’ils peuvent être repositionnés très rapidement, soit pour se protéger, soit pour couvrir une offensive », analyse William Goodhind, analyste chez Contested Ground.
Parallèlement, l’US Navy pourrait recevoir l’ordre d’acheminer un second porte-avions — l’USS George H.W. Bush ou l’USS George Washington — dans les eaux du Golfe. Une démonstration de force qui rappelle les heures les plus tendues de la confrontation avec Téhéran.
2. L’IMPASSE DIPLOMATIQUE : NETANYAHOU SANS GAGE, TRUMP CONDITIONNE
Mercredi 11 février, Benyamin Netanyahou a rencontré Donald Trump à la Maison-Blanche. Officiellement, il s’agissait de coordonner la position face à l’Iran. Dans les faits, le Premier ministre israélien repart sans engagement ferme.
Ce qu’Israël attendait :
– Une intégration du programme balistique iranien dans le cadre des négociations.
– Une garantie américaine en cas d’échec des pourparlers.
Ce que Trump a dit :
« Rien de définitif n’a été conclu si ce n’est que j’ai insisté pour que les négociations avec l’Iran se poursuivent afin de voir si un accord peut être conclu » , a déclaré le président américain. Avant d’ajouter : « S’il ne peut l’être, nous verrons bien ce qui arrivera. »
Une allusion à peine voilée aux frappes de l’été 2025. Suffisant pour rassurer Israël ? Insuffisant pour lever ses inquiétudes.
3. LES CONDITIONS AMÉRICAINES : UN CADRE DRACONIEN
L’envoyé spécial Steve Witkoff a soumis à Téhéran, par l’intermédiaire d’Oman, une feuille de route en quatre points :
1. Interdiction totale et permanente de l’enrichissement d’uranium.
2. Évacuation de l’intégralité du stock d’uranium déjà enrichi.
3. Limitation contraignante du programme de missiles balistiques.
4. Cessation du soutien aux milices régionales.
La réponse iranienne :
Par la voix du général Hossein Salami, commandant en chef des Gardiens de la Révolution, Téhéran a réaffirmé sa ligne rouge :
« Notre puissance balistique ne fera l’objet d’aucune négociation. Ceux qui croient pouvoir nous dicter notre défense nationale se trompent lourdement. »
Le président Massoud Pezeshkian a cependant réitéré que l’Iran « ne cherche pas l’arme nucléaire » et se dit prêt à un dialogue « réaliste et équilibré ». Une ouverture conditionnée à la levée des sanctions.
Synthèse des positions :
Objet Position US Position iranienne
Uranium enrichi Évacuation totale Conditionné à la levée des sanctions
Missiles balistiques Négociation obligatoire Ligne rouge absolue
Enrichissement Interdiction complète Maintien d’un seuil civil
Soutien aux proxies Cessation exigée Rejet catégorique
4. OMAN, MÉDIATEUR SOUS TENSION
Dans ce face-à-face tendu, le sultanat d’Oman tente de maintenir un canal ouvert. Le chef de la diplomatie omanaise a appelé à « la retenue et au compromis sage », tandis que le général Brad Cooper, commandant du CENTCOM, participait aux dernières discussions aux côtés de Witkoff et Jared Kushner.
« Inclure le commandant du CENTCOM est très inhabituel et semble destiné à envoyer un message plus qu’à renforcer l’équipe de négociation elle-même », estime Michael O’Hanlon (Brookings Institution).
Un signal adressé autant à Téhéran qu’aux capitales du Golfe : la diplomatie a un délai, la force a une préparation.
5. TROIS SCÉNARIOS POUR LES PROCHAINS JOURS
Scénario Probabilité Conséquences
Accord minimal (nucléaire uniquement) Moyenne Apaisement temporaire, frustration israélienne
Statut quo prolongé Élevée Maintien des tensions, risque d’incident
Frappes préventives En hausse Embrasement régional, réplique asymétrique iranienne
EN DÉFINITIVE
La fenêtre diplomatique n’est pas encore fermée. Mais elle n’est plus qu’entrouverte.
D’un côté, Washington pose des conditions que Téhéran juge humiliantes. De l’autre, l’Iran refuse de céder sur son programme balistique — son seul véritable moyen de dissuasion régionale. Entre les deux, Israël craint d’être laissé seul face à une menace qu’il juge existentielle.
Jamais depuis 2025 le Golfe n’avait été aussi proche d’un nouveau choc. Les prochains jours diront si la raison l’emporte sur la précipitation ou si le cycle infernal des frappes et des représailles se remet en marche.