Washington, 31 mars 2026 – C’est un vieux schéma que l’on connaît bien dans les salles de classe : un professeur, convaincu de détenir la méthode infaillible, présente un exercice qu’il a lui‑même conçu. Il demande à ses élèves de l’aider à le résoudre. Mais lorsque ceux‑ci, par prudence ou par désaccord, gardent le silence, le maître se fâche et les somme désormais de « se débrouiller seuls ».

Cette semaine, la scène s’est jouée sur la scène internationale, avec pour acteurs principaux les États-Unis et leurs alliés européens.

L’EXERCICE CRÉÉ PAR LE PROFESSEUR

Depuis le début de l’offensive américano‑israélienne contre l’Iran, fin février, Donald Trump avait fixé le problème en termes simples : l’Iran bloque le détroit d’Ormuz, menaçant l’approvisionnement énergétique mondial. La solution, selon lui, consistait à frapper militairement le régime iranien et à forcer le passage. Il attendait de ses alliés qu’ils apportent leur soutien logistique, naval et aérien.

Mais les élèves – la France, le Royaume‑Uni, l’Italie, l’Espagne – ont hésité. Paris a évoqué la nécessité d’une solution diplomatique. Londres a rappelé que la voie militaire risquait d’embraser toute la région. Rome et Madrid ont, selon plusieurs sources, restreint l’accès à leurs bases aériennes.

Le professeur a alors accusé ses élèves de « lâcheté », d’« ingratitude », d’« abandon ».

ALLEZ CHERCHER VOTRE PROPRE PÉTROLE

Ce mardi 31 mars, la colère a culminé. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a lancé un ultimatum à ses partenaires transatlantiques :

À tous ces pays qui ne peuvent pas obtenir de carburant à cause du détroit d’Ormuz, comme le Royaume‑Uni, j’ai une suggestion : prenez votre courage à deux mains, allez dans le détroit et PRENEZ-LE !

Puis il a ajouté, dans un message qui résonne comme une menace d’abandon : « Vous allez devoir apprendre à vous défendre tout seuls. Les États-Unis ne seront plus là pour vous aider, tout comme vous n’étiez pas là pour nous. »

Le secrétaire d’État Marco Rubio a renchéri, laissant entendre que l’engagement américain au sein de l’OTAN pourrait être remis en cause une fois le conflit terminé.

LE PARADOXE DE L’EXERCICE

Le paradoxe de la situation n’a pas échappé aux observateurs. C’est le professeur lui‑même qui a créé l’exercice. C’est lui qui, en ordonnant l’élimination du guide suprême iranien et en intensifiant les frappes, a placé ses alliés devant un choix impossible : risquer l’embrasement régional en s’engageant aux côtés des États-Unis, ou rester en retrait et encourir la colère de Washington.

Pendant des semaines, Trump a répété que ses élèves « n’avaient rien fait ». Mais de nombreux Européens estiment que c’est précisément parce qu’ils ont refusé de suivre aveuglément un professeur imprévisible qu’ils ont agi en responsables.

Un diplomate européen, sous couvert d’anonymat, résume : « Il a créé une crise, il a exigé que nous le suivions, et aujourd’hui il nous reproche de ne pas avoir deviné la solution qu’il attendait. Ce n’est pas ainsi que fonctionne une alliance. »

LE PÉTROLE, ENJEU CENTRAL DE L’EXERCICE

La crise énergétique qui frappe l’Europe depuis un mois – prix du baril à plus de 100 dollars, tensions sur les marchés, menaces sur les approvisionnements – est devenue le cœur de la polémique. L’Europe, dépendante des importations, subit de plein fouet les conséquences de la guerre.

Trump, lui, a une réponse simple : les Européens n’ont qu’à acheter leur pétrole aux États-Unis, ou à « aller le chercher eux‑mêmes » dans le détroit d’Ormuz. Une suggestion que les États‑membres de l’Union, dépourvus de capacités militaires autonomes dans la région, jugent irréaliste.

Le paradoxe est encore plus flagrant : les États‑Unis, en bloquant ou en retardant l’envoi de certaines livraisons de pétrole à des pays européens « récalcitrants », ont parfois eux‑mêmes contribué à la pénurie, selon des sources industrielles.

QUELLES SOLUTIONS POUR LES ÉLÈVES ?

Désormais sommés de résoudre l’exercice seuls, les Européens doivent improviser. Plusieurs pistes sont explorées :

– Renforcement de la coordination maritime : la France, l’Italie et l’Espagne étudient la possibilité d’une mission navale européenne indépendante dans le Golfe, sans attendre les États‑Unis.
– Accélération de la transition énergétique : l’Allemagne a annoncé un plan d’urgence pour réduire de 15 % sa consommation de pétrole d’ici la fin de l’année.
– Reprise des pourparlers avec Téhéran : plusieurs capitales européennes multiplient les contacts avec le nouveau gouvernement iranien, espérant trouver une issue diplomatique que Washington a écartée.

Mais ces solutions prennent du temps. Le professeur, lui, veut des résultats immédiats.

LA FIN DE L’EXERCICE

Ce mardi 31 mars, la situation reste bloquée. Le professeur menace de quitter la classe. Les élèves cherchent tant bien que mal à résoudre seuls un problème qu’ils n’ont pas créé.

Dans les relations internationales, les métaphores ont parfois le mérite de clarifier les enjeux. Ici, elle rappelle une vérité essentielle : on ne peut, impunément, exiger de ses partenaires qu’ils viennent à son secours après avoir refusé de les écouter lorsqu’ils émettaient des réserves.

L’exercice de géopolitique que Donald Trump a conçu n’a pas trouvé de solution collective. Reste à savoir si, dans les jours qui viennent, professeur et élèves retrouveront le chemin du dialogue – ou si chacun devra continuer, seul, à affronter une crise dont il ne maîtrise plus les conséquences.

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