Fin janvier, le Forum économique mondial de Davos battait son plein, mais tous les regards étaient tournés vers un seul homme : Donald Trump. Dans un entretien exclusif accordé à La Tribune Dimanche le 26 janvier, l’éditorialiste influent de CNN, Fareed Zakaria, livrait une analyse sans concession du style Trump : un président « émotif et impulsif », dépourvu de stratégie, qui détruit l’ordre mondial bâti par les États-Unis depuis quatre-vingts ans.
Aujourd’hui, mi-février, alors que l’administration Trump poursuit sa politique étrangère erratique, les propos de Zakaria résonnent avec une actualité toujours brûlante. Mais au-delà des grandes manœuvres géopolitiques, Mode Info 24 a voulu décrypter ce que cette nouvelle donne signifie concrètement pour Haïti et la Caraïbe.
« Trump n’a pas de stratégie, il suit ses instincts »
Dans cet entretien réalisé par Garance Le Caisne, Fareed Zakaria décrit un président qui fonctionne à l’instinct plutôt qu’à la planification. « Honnêtement, je ne pense pas qu’il ait une stratégie », affirme-t-il. « C’est un homme très particulier, émotif et impulsif. Ses instincts et ses impulsions se manifestent dans sa politique étrangère. »
Selon l’éditorialiste, Trump ne cache pas son mépris pour l’ordre libéral international fondé sur des règles, des institutions comme l’ONU, la Banque mondiale et le libre-échange. « Donald Trump est en train de réorganiser l’ordre établi. Pire, il détruit l’ordre ancien », analyse Zakaria, ajoutant que le président américain « respecte la force, les dictateurs ».
Ce constat est d’autant plus frappant que, depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump a multiplié les déclarations chocs – de l’idée d’acquérir le Groenland aux menaces sur l’OTAN – confirmant l’imprévisibilité décrite par Zakaria.
Une Amérique qui tourne le dos à son rôle traditionnel
« Nous vivons un moment inhabituel où le président des États-Unis a choisi de se comporter comme un acteur imprévisible sur la scène internationale », souligne Fareed Zakaria.
Pendant huit décennies, Washington a joué le rôle de garant de la stabilité mondiale, certes souvent contesté, mais structurant. Aujourd’hui, les alliés traditionnels des États-Unis – Europe, Japon, Canada – sont maintenus dans l’incertitude. Et pour les petites nations comme Haïti, cette imprévisibilité est source d’inquiétude.
Quelles conséquences pour Haïti et la Caraïbe ?
L’évolution de la politique étrangère américaine sous l’administration Trump n’est pas un simple sujet géopolitique lointain. Elle a des répercussions concrètes sur le quotidien des Haïtiens et de la diaspora.
Aide au développement
Sous le premier mandat de Trump, les coupes budgétaires dans l’aide internationale avaient déjà frappé Haïti. Avec un président qui considère les institutions multilatérales comme des freins à la puissance américaine, la tendance pourrait s’accentuer. Les financements destinés à l’éducation, à la santé et aux infrastructures haïtiennes risquent d’être revus à la baisse.
Migration et statut des Haïtiens aux États-Unis
Le statut de protection temporaire (TPS), dont bénéficient des milliers de Haïtiens vivant aux États-Unis, avait été menacé lors du précédent mandat de Trump. L’imprévisibilité du président fait peser une incertitude permanente sur ces familles, d’autant que l’administration n’hésite pas à utiliser l’immigration comme levier politique.
Sécurité et lutte contre les gangs
Haïti traverse une crise sécuritaire sans précédent, avec des gangs qui contrôlent une grande partie de Port-au-Prince. Le pays a besoin d’un partenaire international fiable. Or, une Amérique qui privilégie les relations bilatérales « à la carte » pourrait soit offrir un soutien ponctuel, soit se désengager totalement, laissant Haïti face à ses démons.
Diplomatie régionale
La Caraïbe, souvent perçue comme le « jardin arrière » des États-Unis, pourrait voir son importance relative diminuer si Washington se concentre sur des dossiers plus spectaculaires (Chine, Russie, Groenland). Les pays de la région, Haïti en tête, devront redoubler d’efforts diplomatiques pour ne pas être oubliés.
« Haïti doit diversifier ses partenariats »
Interrogé par Mode Info 24, le politologue haïtien Jean-Claude Pierre (que nous avons joint ce 15 février) estime que « les propos de Fareed Zakaria confirment ce que beaucoup redoutaient : l’administration Trump ne fonctionne pas selon les canons classiques. Haïti doit d’urgence diversifier ses partenariats – Chine, Brésil, Union européenne – pour ne pas dépendre uniquement des humeurs de Washington. »
Un appel à la vigilance que Mode Info 24 partage pleinement.
Le rôle crucial des médias haïtiens
Face à ce monde en recomposition, le rôle des médias comme Mode Info 24 est plus que jamais essentiel. Décrypter les décisions des grandes puissances, alerter sur leurs conséquences locales, donner la parole aux acteurs haïtiens – société civile, diaspora, experts – permet de préparer le pays aux soubresauts de la politique internationale.
Nous continuerons à suivre ces évolutions avec rigueur, en apportant à chaque fois un éclairage ancré dans les réalités haïtiennes.
En définitive
L’analyse de Fareed Zakaria, fin janvier, a posé un diagnostic implacable : Donald Trump n’a pas de stratégie cohérente, il agit par impulsions, et il détruit méthodiquement l’ordre multilatéral patiemment construit depuis 1945.
Pour Haïti, cette nouvelle donne impose une adaptation constante et une diplomatie proactive. Mais elle rappelle aussi que, dans un monde instable, l’information fiable et contextualisée est plus précieuse que jamais.