PORT-DE-PAIX, 19 FÉVRIER 2026 (Mode Info 24)
Le constat est implacable, la colère froide, la détermination intacte. Wilner Almeus, responsable de l’UPADH dans le Nord-Ouest, n’y va pas par quatre chemins. Dans le bureau modeste qui sert de quartier général du parti à Port-de-Paix, il reçoit Mode Info 24 pour un entretien au long cours. Face à lui, des dossiers, des notes, et cette lueur dans le regard de ceux qui ont choisi de se battre.
“Je ne peux plus me taire. Le Nord-Ouest est un département sacrifié sur l’autel de l’indifférence. Et ce n’est pas de la négligence, c’est criminel. Quand l’État laisse des citoyens sans routes, sans eau, sans sécurité, sans avenir, cela s’appelle un abandon de poste. Un abandon criminel.”
LES 15 PILIERS DE LA REFONDATION : UNE ARCHITECTURE POUR SORTIR HAÏTI DE L’ORNlÈRE
Mais Wilner Almeus n’est pas venu seulement pour dénoncer. Il est venu pour proposer. L’UPADH a élaboré ce qu’il appelle “les 15 piliers de la refondation d’Haïti” – une feuille de route complète, hiérarchisée, pensée pour répondre aux besoins urgents tout en construisant les bases d’un développement durable.
“Nous ne sommes pas un parti comme les autres. Nous n’avons pas de promesses en l’air, pas de discours sans lendemain. Nous avons une vision, une méthode, des priorités claires. Ces 15 piliers, c’est notre contrat avec la nation.”
PREMIER ÉTAGE : LES FONDATIONS PRIORITAIRES
“Ce sont les piliers sans lesquels rien d’autre n’est possible. La base de la pyramide.”
Pilier Intitulé Objectif stratégique
1- Éducation de qualité tournée vers l’avenir Former les citoyens et les compétences du 21e siècle
2- Souveraineté et puissance agricole Nourrir Haïti et créer des emplois par la terre
3- La santé : un droit humain inaliénable Garantir l’accès aux soins pour tous, partout
4- Justice, sécurité intégrale et État de droit Protéger les citoyens et restaurer l’autorité de l’État
5- Économie inclusive au service du citoyen Créer des richesses qui profitent à tous
“Sans éducation, sans santé, sans justice, sans capacité à se nourrir, il n’y a pas de nation possible. C’est pourquoi ces cinq piliers sont nos fondations. Tout le reste repose dessus.”
DEUXIÈME ÉTAGE : LES STRUCTURES STRATÉGIQUES
“Une fois les fondations posées, il faut bâtir les structures qui permettront au pays de tenir debout.”
Pilier Intitulé Objectif stratégique
6- Accès universel à l’eau potable et à l’assainissement Répondre à un besoin vital trop longtemps négligé
7- Habitat décent et cadre de vie stable Offrir des conditions de vie dignes à chaque Haïtien
8- Gouvernance transparente, intégrité et confiance restaurée Lutter contre la corruption et rendre l’État acceptable
9- Démocratie participative et effective Impliquer les citoyens dans les décisions qui les concernent
10- Protection de l’environnement et développement durable Préserver les ressources pour les générations futures
“L’eau, le logement, la bonne gouvernance, la démocratie réelle, l’environnement : c’est ce qui transforme un pays qui survit en un pays qui vit.”
TROISIÈME ÉTAGE : LA VISION UNITAIRE
“Enfin, le sommet de l’édifice. Ce qui donne un sens, une âme, un horizon.”
Pilier Intitulé Objectif stratégique
11- Révolution numérique, savoir et ouverture sur le monde Connecter Haïti à l’économie du savoir
12- Valorisation de la culture, vecteur de rayonnement mondial Faire de notre identité un atout diplomatique et économique
13- Cohésion et solidarité nationale Panser les fractures sociales et régionales
14- Développement des talents et fierté nationale Cultiver l’excellence et restaurer la dignité
15- Unité nationale, fondation de la renaissance d’Haïti Rassembler au-delà des clivages pour reconstruire
“Le dernier pilier est peut-être le plus important. L’unité nationale. Parce que sans elle, aucun des autres ne tient. Nous devons apprendre à nous regarder comme des frères, pas comme des ennemis.”
L’UPADH SUR LE TERRAIN : 6 COORDINATIONS COMMUNALES DÉJÀ OPÉRATIONNELLES
Wilner Almeus ne se contente pas de théoriser. Il peut se targuer d’un travail de terrain concret : en quelques mois, l’UPADH a réussi à implanter des coordinations communales solides dans six localités stratégiques du département.
Commune Particularité
La Tortue L’île historique, berceau des flibustiers, totalement délaissée
Chansolle Porte d’entrée du Bassin Bleu, enclavée par l’absence de routes
Jean Rabel Grenier agricole du département, assoiffé
Saint-Louis du Nord Cité côtière stratégique, sans débouchés
Bassin Bleu Joyau touristique, inaccessible une partie de l’année
Anse-à-foleur Commune frontalière, oubliée des investissements
“Nous sommes sur le terrain, dans les sections communales, au contact des citoyens. Nous expliquons les 15 piliers, nous écoutons, nous adaptons. C’est comme ça qu’on construit un vrai projet de société.”
LE RÉQUISITOIRE : “L’ÉTAT A ABANDONNÉ LE NORD-OUEST DE FAÇON CRIMINELLE”
Puis vient le moment où Wilner Almeus laisse éclater sa colère. Une colère froide, argumentée, implacable. Il sort des dossiers, des photos, des témoignages.
“Regardez. C’est ça, le Nord-Ouest aujourd’hui. Et c’est le résultat de décennies d’abandon. Mais attention : l’abandon, ce n’est pas seulement ne rien faire. C’est laisser sciemment des citoyens dans la misère quand on a les moyens d’agir. C’est criminel.”
DES ROUTES QUI TUENT
“La route entre Jean Rabel et Port-de-Paix ? Une piste, pas une route. Dès qu’il pleut – et il pleut souvent – tout est coupé. Les malades meurent en chemin parce que l’ambulance ne peut pas passer. Les femmes accouchent sur le bord de la route. Les enfants manquent l’école pendant des semaines. Et l’État ? Rien. Pas un coup de pioche, pas un projet, pas une promesse tenue.”
Les axes critiques à l’abandon :
– Bassin Bleu – Chansolle : projet lancé sous Jovenel Moïse, jamais achevé. Les engins rouillent.
– Kafou Joff – Gros-Morne : route stratégique qui désenclaverait tout le sud du département, totalement délabrée.
– Jean Rabel – Port-de-Paix : 40 kilomètres de calvaire, des heures de trajet pour ce qui devrait être une heure.
“Jovenel avait compris. Il avait lancé des travaux. Après sa mort, tout s’est arrêté. Personne n’a repris. C’est une insulte à sa mémoire et à notre population.”
L’EAU, CE “LUXE” ABSENT DE 11 COMMUNES
Wilner Almeus brandit un rapport. Les chiffres sont accablants.
“Dans le Nord-Ouest, l’eau potable est un luxe. Un luxe ! Les femmes marchent des kilomètres chaque jour pour trouver de l’eau, souvent insalubre. Les enfants boivent l’eau des rivières, et ils tombent malades. Les rivières sont là – la Trois Rivières, la Rivière des Nègres – mais rien n’est aménagé. Pas un barrage, pas un réservoir, pas un système d’adduction digne de ce nom.”
Localités les plus touchées : La Tortue, Jean Rabel, Môle-Saint-Nicolas, et même Port-de-Paix, le chef-lieu, où l’eau courante reste un privilège.
“Le pilier n°6 de l’UPADH, c’est l’accès universel à l’eau potable. Parce que sans eau, il n’y a ni santé, ni dignité, ni développement. Et le Nord-Ouest est la preuve vivante de ce que l’absence d’eau fait à un peuple.”
LE TOURISME GASPILLÉ, RICHESSE QUI S’ENVOLE
“Nous avons tout pour faire du tourisme un moteur de l’économie locale. Tout !”
Wilner Almeus s’anime, presque incrédule devant ce gâchis.
Vilokan, ce site magnifique perché sur les hauteurs, avec une vue à couper le souffle. L’île de la Tortue, berceau des flibustiers, avec ses plages de rêve et son histoire qui fascine le monde entier. Bassin Bleu, cette merveille naturelle classée, avec ses eaux turquoise. Tout ça, c’est chez nous. Tout ça pourrait attirer des milliers de touristes, créer des emplois, faire vivre nos communes.
Mais rien n’est fait.
“Pas d’infrastructures, pas de promotion, pas de sécurité. Les touristes potentiels restent chez eux ou vont ailleurs. Pendant ce temps, la République dominicaine, la Jamaïque, les Bahamas nous rient au nez et empochent les devises qui pourraient revenir à nos communes. C’est une fuite de richesses criminelle.”
L’INSÉCURITÉ QUI S’INSTALLE, FAUTE DE MOYENS
Dernier sujet, et non des moindres : la sécurité. Wilner Almeus alerte sur la montée des gangs dans la zone de Tibradòm, entre Gros-Morne et Port-de-Paix.
Les bandits commencent à s’implanter. Tibradòm devient une zone de non-droit. Et l’État ? Quels moyens donne-t-on à la police ? Rien. Pas de véhicules, pas de carburant, pas d’équipement. Les policiers sont livrés à eux-mêmes, avec des armes souvent obsolètes. Comment voulez-vous qu’ils protègent la population ?
Un constat qui renvoie au pilier n°4 (justice et sécurité intégrale).
On ne peut pas parler de développement sans sécurité. Les investisseurs ne viendront pas dans une zone où les gangs font la loi. Les paysans ne cultiveront pas si on leur vole leurs récoltes. L’État doit protéger ses citoyens. C’est sa fonction première. Et ici, il abandonne.
LES 15 PILIERS SONT NOTRE CONTRAT. NOUS LE TIENDRONS.
Wilner Almeus conclut avec une détermination palpable, conscient des défis mais porté par une conviction inébranlable :
Certains diront que les 15 piliers sont trop beaux pour être vrais. Que c’est une utopie. Je leur réponds : regardez ce que d’autres petits pays – le Rwanda, le Costa Rica, Maurice – ont réussi à faire avec moins de ressources qu’Haïti. Le problème n’est pas le manque de moyens, c’est le manque de volonté politique et de vision.
L’UPADH, assure-t-il, apporte cette vision.
Nous ne promettons pas la lune. Nous proposons un chemin, une méthode, des priorités claires. Nous commençons par le terrain, par l’écoute, par l’organisation. Les six coordinations communales que nous avons montées, ce sont six laboratoires de la refondation. Nous y testons nos idées, nous y recueillons les doléances, nous y construisons le mouvement.
Les prochaines étapes pour l’UPADH dans le Nord-Ouest :
– Une série de rencontres citoyennes dans les six communes structurées
– La présentation détaillée des 15 piliers quartier par quartier, section communale par section communale
– Le recensement systématique des doléances locales pour enrichir le programme
– La poursuite du maillage territorial vers les cinq communes restantes
“Nous commençons par le Nord-Ouest, mais notre ambition, c’est toute Haïti. Les 15 piliers, c’est notre contrat avec la nation. Nous le tiendrons, avec ou sans les élites traditionnelles. Parce que le peuple, lui, n’en peut plus d’attendre. Parce que le Nord-Ouest, comme tous les départements oubliés, mérite mieux que l’abandon criminel auquel on le condamne.”