Moscou – Pendant des années, le Kremlin a joué les gardiens intrépides. À Caracas, Moscou a vendu des systèmes de défense aérienne S-300, des chasseurs Su-30 et des missiles anti navires. Des instructeurs russes ont formé l’armée vénézuélienne, et Vladimir Poutine et Nicolás Maduro affichaient une fraternité stratégique sans faille. Le message était clair, martelé dans les discours et les livraisons d’armes : s’attaquer au Venezuela, c’est s’attaquer à la Russie.
Puis les États-Unis sont passés à l’acte. Et la Russie n’a rien pu faire.
L’opération américaine éclair, déclenchée sur ordre de l’ancien président Donald Trump revenu au pouvoir, a été une démonstration froide de la réalité du rapport de force. Les systèmes de défense aérienne russes, fleurons des exportations militaires de Moscou, n’ont pas intercepté un seul assaillant. Selon les renseignements occidentaux, ils ont été soit saturés par une guerre électronique de pointe, soit frappés au sol par des furtifs F-35 avant d’avoir pu réagir. Les Su-30 vénézuéliens ont été détruits dans leurs hangars. En l’espace de quelques heures, Maduro était extrait de son palais et embarqué vers les États-Unis pour y être jugé.
À Moscou, le silence a été assourdissant. Les protestations diplomatiques, bien que véhémentes, sont restées sans effet. La promesse solennelle de Poutine – “si les États-Unis touchent au Venezuela, ils auront affaire à nous” – s’est évaporée dans les airs climatisés des centres de commandement américains.
Pourquoi ? La réponse est géographique, militaire et stratégique.
“L’épisode vénézuélien est une révélation cruelle”, analyse Tatiana Stanovaya, experte du régime russe. “Il montre que la Russie est une superpuissance régionale, essentiellement continentale, et non une puissance globale capable de projeter sa force et ses garanties de sécurité partout dans le monde. Son armée est entièrement mobilisée sur le front ukrainien. Elle n’a ni porte-avions, ni réseau de bases, ni capacité logistique pour intervenir militairement à 10 000 km de ses frontières, face à la suprématie aérienne et navale américaine dans son arrière-cour.”
Un schéma d’impuissance qui se répète
L’incapacité russe au Venezuela n’est pas un cas isolé, mais le dernier symptôme d’une limitation structurelle. En Syrie, malgré une intervention militaire décisive qui a sauvé le régime de Bachar el-Assad, la Russie n’a pu empêcher le délitement de l’autorité de Damas. Assad, bien que toujours en poste, ne contrôle qu’une fraction du territoire et son pouvoir est exsangue, miné par des milices et une influence turque et iranienne croissante. Moscou a préservé un client, mais pas sa souveraineté.
Pire encore fut le cas de l’Iran. Lors de l’escalade majeure avec Israël et surtout lors de l’intervention américaine ciblant les sites nucléaires iraniens, Moscou est restée spectatrice. Les systèmes de défense aérienne russes déployés en Iran se sont révélés aussi peu efficaces que ceux du Venezuela. Poutine, bien qu’étant le principal parrain international de Téhéran, n’a pu opposer qu’une rhétorique stérile à la démonstration de force américaine. La leçon fut cinglante : la Russie ne peut et ne veut pas risquer une confrontation directe avec l’OTAN pour défendre un allié, même crucial.
Le constat est implacable. Face à une action américaine décidée et rapide, les options russes étaient nulles. Envoyer la flotte de la mer Noire ? Elle aurait mis des semaines à arriver et serait passée sous les fourches Caudines de l’OTAN. Déployer des troupes aéroportées ? Vers quelle base ? Menacer d’escalade nucléaire pour un régime allié à l’autre bout du monde ? Impensable.
La “multipolarité” à l’épreuve des faits
Cet événement dessine les contours réels du monde “multipolaire” souvent invoqué par Moscou et Pékin. Loin d’un équilibre parfait entre blocs, il révèle une mosaïque de sphères d’influence où les grandes puissances agissent en maîtres chez elles, mais sont impuissantes à protéger leurs clients ailleurs.
· La Chine, bien que opposée au principe de l’intervention, maintient une doctrine de non-intervention militaire directe hors de son périmètre immédiat. Sa capacité de projection trans-pacifique reste limitée.
· L’Iran, aux prises avec des contestations internes et sous menace constante, n’a pas les moyens de s’engager dans l’hémisphère occidental.
· Cuba, bien que solidaire, dispose d’une armée obsolète face à la technologie américaine.
Leçon amère pour les clients de Moscou
Pour les régimes qui comptent sur le parapluie russe, la leçon est amère. Les armes russes peuvent être impressionnantes sur catalogue et utiles pour mater une opposition intérieure, mais elles sont vulnérables face à la haute technologie et à la détermination occidentales. Les promesses de Moscou valent ce que vaut sa capacité à les faire respecter. Et hors de son environnement eurasiatique immédiat, cette capacité s’approche de zéro, comme l’ont tragiquement illustré Caracas, Damas et Téhéran.
L’épisode vénézuélien ne signifie pas la fin de l’influence russe en Amérique latine ou en Afrique. Moscou continuera à vendre des armes, à dispenser des formations et à offrir une alternative diplomatique. Mais une ligne rouge a été tracée, et surtout, exposée au grand jour : il existe une zone, large et englobant la majeure partie du globe, où les garanties de sécurité russes sont, en cas de crise réelle, des mots vides de sens.
La puissance russe reste redoutable à ses frontières. Mais le Venezuela, la Syrie et l’Iran ont démontré que ces frontières, pour le projet de grande puissance globale de Vladimir Poutine, sont beaucoup plus proches de Moscou que ne le laissaient croire les discours et les photos de propagande.