WASHINGTON – Le Washington Post est entré dans une phase de restructuration profonde et controversée. Mercredi 4 février, la direction du quotidien détenu par le milliardaire Jeff Bezos a annoncé par visioconférence un « vaste plan de licenciements » au sein de sa rédaction, confirmant les craintes qui pesaient depuis plusieurs semaines sur le personnel. Cette décision, présentée comme inévitable pour « sécuriser » l’avenir du titre, a été vivement critiquée en interne et perçue comme un tournant historique pour le journal de référence de la capitale américaine.

Une annonce par visio et des services en première ligne

Les employés avaient été prévenus le matin même par un courriel leur demandant de « rester chez eux » et d’assister à une réunion virtuelle à 8h30. Lors de cette annonce, la direction a confirmé que les licenciements seraient « substantiels » et toucheraient l’ensemble des services de la rédaction.

Les services les plus impactés sont :

· Le service des sports : La quasi-totalité de la section doit être fermée.
· Le réseau international : « Une grande partie des correspondants à l’étranger vont voir leur poste disparaître », selon une source interne. L’équipe couvrant le Moyen-Orient dans son intégralité, ainsi que la majorité des autres bureaux à l’étranger, seraient supprimés.
· Les pages locales : Elles sont également mentionnées comme étant particulièrement touchées.

Le nombre exact de postes supprimés n’a pas été communiqué dans l’immédiat.

La direction justifie une restructuration « nécessaire »

Dans un courriel aux salariés, le directeur exécutif Matt Murray a défendu cette décision difficile. Il a affirmé que le journal devait se réformer après avoir conclu que « la structure de l’entreprise était trop ancrée dans une autre époque ».

Cette restructuration, qualifiée de « douloureuse », vise selon la direction à adapter le Washington Post aux réalités économiques actuelles et à assurer sa pérennité après plusieurs années de difficultés financières. Le titre perdrait de l’argent depuis un certain temps, une situation qui se serait accentuée après le départ de Donald Trump de la Maison Blanche, qui avait marqué la fin d’un cycle d’intense intérêt des lecteurs.

Une levée de boucliers interne et des inquiétudes pour l’avenir du journalisme

La réaction en interne a été immédiate et ferme. Le Post Guild, le syndicat des journalistes du Washington Post, a dénoncé dans un communiqué une mesure qui vide la rédaction de sa substance. « On ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir », a-t-il déclaré, ajoutant s’« opposer vigoureusement à toute nouvelle réduction d’effectifs » après la perte d’environ 400 personnes au cours des trois dernières années.

La critique est également venue de l’extérieur. Marty Baron, ancien rédacteur en chef emblématique du journal, a qualifié cette journée de « l’un des jours les plus sombres » de l’histoire du titre. Dans une publication sur les réseaux sociaux, il a estimé que « les ambitions du Washington Post seront nettement amoindries » et que le public se verra privé d’un journalisme de terrain essentiel.

Un contexte politique et économique tendu

Cette restructuration intervient dans un climat particulier pour le journal et son propriétaire. Jeff Bezos, dont les entreprises ont d’importants contrats avec le gouvernement fédéral, s’est récemment rapproché du président Donald Trump, au point d’assister en première ligne à sa cérémonie d’investiture.

À l’automne 2024, le Washington Post avait rompu avec une tradition en ne publiant aucun éditorial de soutien à la candidate démocrate Kamala Harris, un choix qui avait provoqué une hémorragie d’abonnés et était perçu par beaucoup comme une influence du propriétaire. Des reporters étrangers avaient même écrit à Jeff Bezos ces derniers jours pour le supplier de s’opposer aux licenciements, visiblement sans succès.


CONTEXTE & CHIFFRES CLÉS

· Propriétaire : Jeff Bezos, fondateur d’Amazon (acquisition en 2013).
· Héritage : Titre historique révélateur du scandale du Watergate, lauréat de multiples prix Pulitzer.
· Difficultés récentes : Baisse des abonnements et pertes financières après le mandat de Donald Trump. Une vaste réorganisation en 2024 avait déjà provoqué des départs.
· Effectifs : Les effectifs de la rédaction avaient déjà diminué d’environ 400 personnes au cours des trois dernières années avant cet ultime plan.

MÉTHODOLOGIE & TRANSPARENCE

Cet article est basé sur les dépêches de l’Agence France-Presse (AFP) rapportant l’annonce officielle des licenciements, ainsi que sur le compte-rendu détaillé publié par le quotidien La Croix, qui cite des sources internes et le communiqué du syndicat Post Guild. Les déclarations de l’ancien rédacteur en chef Marty Baron sont issues de sa publication publique sur les réseaux sociaux. La rédaction a synthétisé ces informations pour en offrir une vue d’ensemble factuelle et contextuelle.

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