RIYAD – La Saudi Pro League (SPL) est entrée en collision frontale avec sa plus grande star. Alors que Cristiano Ronaldo, capitaine d’Al-Nassr, poursuit un boycott inédit en refusant de jouer les matches de championnat, la ligue a publié un communiqué officiel sans équivoque pour rappeler les règles du jeu. Un épisode qui expose les tensions entre l’immense pouvoir des superstars et l’autorité institutionnelle dans le championnat saoudien en pleine transformation.
La « grève de luxe » de CR7
La situation, qui dure depuis plusieurs jours, est sans précédent. Cristiano Ronaldo, 41 ans, assiste normalement aux entraînements mais a volontairement été absent lors de la victoire d’Al-Nassr face à Al Riyad (1-0). Il a confirmé qu’il ne jouerait pas non plus le choc contre Al-Ittihad ce vendredi 6 février.
Cette « grève » serait, selon des sources proches du joueur citées par The Athletic, motivée par une profonde frustration. Si le départ de Karim Benzema d’Al-Ittihad vers le grand rival Al-Hilal a été un déclencheur, Ronaldo estime surtout qu’Al-Nassr n’est pas suffisamment soutenu sur les plans opérationnel et financier par le Fonds d’investissement public (PIF), l’entité souveraine qui pilote le projet footballistique saoudien. Le Portugais aurait le sentiment que le PIF favoriserait Al-Hilal au détriment de son club.
Le communiqué cinglant de la Ligue : « Aucun individu ne prend de décisions au-delà de son club »
Face à cette crise ouverte, la Saudi Pro League a décidé de réagir publiquement. Dans un communiqué détaillé, elle a rappelé les fondements de son organisation :
· Indépendance des clubs : « Chaque club fonctionne de manière indépendante selon les mêmes règles. Les décisions en matière de recrutement, de dépenses et de stratégie leur appartiennent. »
· Cadre financier égalitaire : Ce cadre est conçu pour « garantir la durabilité et l’équilibre concurrentiel » et « s’applique de manière égale à l’ensemble de la ligue ».
· Un message direct à Ronaldo : Après avoir salué le rôle « essentiel » du Portugais, la SPL a lancé une pique transparente : « Aucun individu, aussi important soit-il, ne prend de décisions au-delà de son propre club. »
Ce passage est une réponse directe à la tentative de Ronaldo d’influencer la politique sportive au-delà des murs d’Al-Nassr. La ligue souligne que les récents transferts sont le fruit de « décisions prises par le club », et non d’un agenda imposé.
Al-Nassr, entre soutien public et inquiétudes internes
La réaction du club d’Al-Nassr contraste avec la fermeté de la ligue. À l’occasion de l’anniversaire de Ronaldo, le club a publié un message élogieux sur les réseaux sociaux, saluant « votre engagement, votre état d’esprit et votre leadership » en pleine période de boycott.
Cette divergence montre le dilemme du club, tiraillé entre la nécessité de préserver sa relation avec son actif le plus précieux et la pression pour se conformer aux règles de la compétition. Le fond du problème reste la perception d’un déséquilibre dans le soutien apporté par le PIF aux différents clubs qu’il pilote, une accusation que les responsables du fonds contestent.
Un test pour le projet saoudien
Cette affaire dépasse le simple différend sportif. Elle constitue un test de crédibilité pour la Saudi Pro League, qui a bâti son attractivité sur l’arrivée à grands frais de légendes du football en fin de carrière.
La ligue tente ici d’établir un équilibre délicat : attirer les plus grandes stars tout en affirmant que l’institution et ses règles priment sur les volontés individuelles. Le communiqué se conclut d’ailleurs sur cette volonté : « L’accent reste mis sur le football, sur le terrain, là où il doit être. »
L’issue de ce bras de fer entre la plus grande star de la ligue et ses dirigeants sera scrutée avec attention, car elle pourrait redéfinir les rapports de force dans le football saoudien pour les années à venir.
CONTEXTE
· Cristiano Ronaldo à Al-Nassr : Arrivé en janvier 2023, il est le joueur le mieux payé au monde avec un salaire estimé à 200 millions d’euros par an. Son contrat court jusqu’en juin 2026.
· Le PIF (Fonds d’investissement public) : Fond souverain saoudien qui détient une participation majoritaire dans quatre clubs de SPL : Al-Nassr, Al-Hilal, Al-Ittihad et Al-Ahli. Il est le fer de lance de la stratégie sportive du Royaume.
· Le marché des transferts : Le départ de Karim Benzema d’Al-Ittihad vers Al-Hilal, annoncé fin janvier 2026, a été un séisme dans le championnat. L’équipe rivale d’Al-Nassr s’est ainsi considérablement renforcée.
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