Le gouvernement rejette avec fermeté toute « pression » de l’Union européenne, affirmant que les décisions concernant le pays « appartiennent au peuple hongrois seul ». Une posture qui place la souveraineté au cœur de la campagne électorale.
BUDAPEST – La campagne électorale hongroise prend un tour résolument nationaliste et anti-Bruxelles. Le gouvernement de Viktor Orbán a réaffirmé avec une vigueur particulière, à deux mois du scrutin législatif, que la Hongrie « ne tolérera pas » les pressions de l’Union européenne, la « censure numérique » ou toute ingérence dans son processus démocratique. Une posture de fermeté qui vise à transformer les élections en plébiscite pour la souveraineté nationale.
« Notre élection n’est pas un projet de l’UE », peut-on lire dans une publication officielle. Par la voix de sources gouvernementales, dont le député Balázs Orbán (sans lien de parenté direct avec le Premier ministre) et le compte officiel de ce dernier, Budapest a martelé un message clair : les décisions sur la guerre, les migrations, les impôts et la politique sociale « appartiennent au peuple hongrois seul, et non aux bureaucrates de l’UE, à Kyiv ou à des centres de pouvoir étrangers ».
Une rhétorique ancrée dans un conflit chronique avec Bruxelles
Cette déclaration agressive n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Elle s’inscrit dans une relation tendue et durable entre la Hongrie de Viktor Orbán et les institutions européennes. Depuis des années, la Commission européenne et le Parlement européen reprochent à Budapest des atteintes répétées à l’État de droit, à l’indépendance de la justice, à la liberté de la presse et aux droits des minorités.
Ces critiques ont conduit à l’activation de plusieurs procédures à l’encontre de la Hongrie, dont le mécanisme de conditionnalité des fonds européens, liant leur versement au respect de l’État de droit. Des milliards d’euros de subventions européennes ont ainsi été gelés, une pression financière que Budapest dénonce comme un chantage politique.
Une stratégie électorale : la souveraineté en étendard
En plaçant la défense de la souveraineté nationale au cœur de sa communication à deux mois du vote, le Fidesz, le parti au pouvoir, applique une stratégie éprouvée. Elle consiste à présenter Viktor Orbán comme le rempart ultime de la nation hongroise contre des forces extérieures jugées hostiles : les bureaucrates de Bruxelles, les partisans d’une « immigration massive », ou les partis d’opposition présentés comme des marionnettes de l’étranger.
Cette ligne « souverainiste » et conservatrice-nationale a jusqu’à présent porté ses fruits, assurant au Premier ministre trois victoires électorales consécutives depuis 2010. En diabolisant l’ingérence européenne, le pouvoir cherche à mobiliser sa base électorale et à rallier les indécis frustrés par les complexités de la politique européenne.
Les enjeux concrets derrière les principes
La déclaration fait explicitement référence à des dossiers brûlants qui cristallisent le conflit avec l’UE :
· La guerre en Ukraine : La Hongrie, proche du Kremlin, a adopté la position la plus ambigüe de l’UE, bloquant ou retardant plusieurs aides à Kyiv et refusant de permettre la livraison d’armes via son territoire.
· La politique migratoire : Budapest est le fer de lance des opposants aux quotas de relocalisation de migrants et défend une approche ultra-sécuritaire, construisant des clôtures à ses frontières.
· Les valeurs « traditionnelles » : Le gouvernement mène une croisade contre ce qu’il appelle « l’idéologie woke » et le « lobby LGBT », adoptant des lois controversées sur la « propagande homosexuelle » auprès des mineurs.
Sur tous ces sujets, les positions hongroises entrent en collision frontale avec les valeurs et les politiques communes défendues par la majorité des États membres.
Réactions et conséquences : un nouveau bras de fer en perspective
La réaction des institutions européennes a été immédiate, bien que mesurée dans la forme. Un porte-parole de la Commission a rappelé que « l’appartenance à l’Union européenne implique des droits et des obligations », soulignant que le respect des traités et des valeurs communes n’est pas une option mais une condition de l’appartenance au club.
L’opposition hongroise, quant à elle, dénonce une manœuvre de diversion. « Au lieu de parler des problèmes réels des Hongrois – l’inflation, la corruption, la crise des services publics –, Orbán invente des ennemis extérieurs pour cacher ses échecs », a critiqué un leader de la coalition d’opposition.
Conclusion : Un vote qui dépasse les frontières hongroises
Les élections législatives hongroises d’avril ne détermineront pas seulement l’avenir politique intérieur du pays. Elles revêtent une dimension européenne cruciale. Une nouvelle victoire de Viktor Orbán confirmerait et légitimerait aux yeux de ses partisans un modèle politique « illibéral » en plein cœur de l’UE, et risquerait d’exacerber les fractures au sein du bloc.
À l’inverse, une défaite ou un affaiblissement significatif du Fidesz serait perçu à Bruxelles comme un signe d’affaiblissement des mouvements nationalistes et souverainistes sur le continent. Dans les deux cas, le résultat du scrutin résonnera bien au-delà des frontières de la Hongrie, faisant de ce vote un référendum indirect sur l’avenir de l’Union européenne elle-même.
Source : Déclarations officielles du gouvernement hongrois, réactions de la Commission européenne, analyses de think tanks spécialisés sur l’Europe centrale.