Alors que Washington célèbre l’opération « Liberté », la Russie et la Chine engrangent un capital géopolitique historique. Leur réplique : transformer un coup de force américain en feu vert pour leurs propres ambitions et en récit dominant pour le Sud global.

CARACAS / MOSCOU / PÉKIN — La capture de Nicolás Maduro par les États-Unis sera-t-elle inscrite dans les manuels d’histoire comme le tournant où Washington a remporté une bataille mais a scellé son déclin stratégique ? Tandis que l’administration Trump affiche sa puissance, les capitales de Moscou et Pékin analysent froidement la scène : loin d’être une défaite, l’opération « Liberté » leur offre l’opportunité parfaite de remodeler l’ordre international à leur avantage.

UN CADEAU STRATÉGIQUE POUR LES RIVAUX

« Les Américains viennent de légitimer toutes nos actions passées et futures. C’est un jour formidable pour la souveraineté… telle que nous la concevons. »
—Analyste proche du Kremlin, cité par l’agence TASS.

Pour la Russie et la Chine, l’intervention américaine est une erreur de calcul monumentale qui valide leur propre doctrine géopolitique et affaiblit irrémédiablement le soft power occidental.

– La Russie : de la défense à l’offensive doctrinale.
      Moscou perd un allié régional, mais gagne bien plus : un précédent inestimable. « Le principe sacro-saint de la non-ingérence est mort, tué par l’Occident lui-même. Désormais, notre protection de l’espace russophone en Ukraine ou en Géorgie sera présentée sous le même angle ‘humanitaire’ et ‘de stabilité’ que celui utilisé au Venezuela », explique une source diplomatique russe. La voie est libre pour durcir sa posture dans sa sphère d’influence, sans crainte du contre-argument moral.
– La Chine : le bouclier de Taïwan et la souveraineté économique.
      Pékin a réagi avec une indignation soigneusement calibrée. Le lien avec Taïwan a été établi dans les heures suivant l’annonce. Un éditorial du Global Times a tonné : « Cette aventure prouve que les États-Unis ne respectent aucune règle dès que leurs intérêts sont en jeu. Cela justifie pleinement notre droit à défendre notre intégrité territoriale par tous les moyens nécessaires. » Sur le plan économique, l’image des États-Unis comme partenaire fiable est détruite, ouvrant la voie aux accords « sécurisés » proposés par Pékin en Amérique latine et en Afrique.

LA NAISSANCE D’UN RÉCIT GAGNANT : LES DÉFENSEURS DE LA SOUVERAINETÉ

Le gain le plus important est narratif. La Russie et la Chine se positionnent en gardiens d’un ordre international basé sur le « respect de la souveraineté » contre un « Occident hypocrite et prédateur ». Ce résonne profondément auprès des nations du Sud global, méfiantes envers l’interventionnisme occidental.

« Ce qui était un partenariat tactique entre Moscou et Pékin se transforme en une alliance doctrinale cohérente. Ils écrivent ensemble le manuel de la nouvelle guerre froide : chaque crise déclenchée par l’Ouest renforce leur crédibilité comme alternative. »
– Dr. Li Wei, Institut des Relations Internationales, Shanghai.

LES CINQ VÉRITABLES GAGNANTS DE LA CRISE (ET ILS NE SONT PAS À WASHINGTON)

1. La Realpolitik russe : Le droit du plus fort est officiellement restauré comme norme, une norme que la Russie maîtrise.
2. La Stratégie d’influence chinoise : L’argument du « péril américain » devient le socle de sa diplomatie économique et sécuritaire.
3. Le Front Anti-Hégémonique : L’OPEP+, les BRICS et l’Organisation de Coopération de Shanghai trouvent un ciment idéologique puissant.
4. Les Régimes Autoritaires : Ils tirent la leçon : seule une alliance avec Moscou ou Pékin, ou la possession de l’arme nucléaire, garantit leur survie.
5. La Fragmentation Globale : Le processus de dé-dolarisation et de création de systèmes parallèles (SWIFT, internet, paiements) reçoit une urgence et une légitimité nouvelles.

LE TRIOMPHE DU CONTRE-PIED STRATÉGIQUE

Washington a peut-être capturé Maduro, mais Moscou et Pékin ont capturé l’initiative narrative. Ils ont transformé une démonstration de force américaine en preuve de son isolement moral et en justification de leurs propres futures actions. La véritable opération « Liberté » a peut-être eu lieu à Caracas, mais la véritable manœuvre de libération est en cours : celle qui affranchit le monde du carcan des règles occidentales. La nouvelle guerre froide ne fait que commencer, et ses premières vainqueurs semblent être ceux qui ont su laisser leur adversaire tirer le premier coup de canon

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