Le président Donald Trump réclame désormais un milliard de dollars de dommages et intérêts à l’Université Harvard, durcissant radicalement une confrontation qui dure depuis des mois. Cette annonce, faite lundi sur Truth Social, intervient dans un contexte de bras de fer politique où l’administration fédérale utilise la menace du retrait des financements pour imposer ses vues idéologiques aux campus, accusés d’antisémitisme et de « wokisme ».

Après avoir gelé des milliards de subventions, l’administration américaine durcit sa pression financière et idéologique sur la prestigieuse université, qui résiste.

WASHINGTON / CAMBRIDGE – La guerre culturelle que mène l’administration Trump contre les universités d’élite américaines a franchi un nouveau cap. Lundi, le président a annoncé sur son réseau social Truth Social réclamer un milliard de dollars de dommages et intérêts à l’Université Harvard, une somme astronomique qui marque une escalade dans la pression financière exercée sur l’institution.

Cette revendication intervient après des informations du New York Times selon lesquelles le gouvernement aurait renoncé à une demande initiale de 200 millions de dollars, face à la résistance d’Harvard. Donald Trump a qualifié cet abandon de temporaire, affirmant que les « illégalités graves et odieuses » commises par l’université justifiaient un règlement bien plus élevé.

Une stratégie de pression multifacette

Cette exigence d’indemnités s’inscrit dans une offensive plus large. Depuis son retour au pouvoir, l’administration Trump a systématiquement pris pour cible les universités de l’Ivy League, dont Harvard, en usant de deux leviers principaux :

1. La menace sur les financements fédéraux : Des milliards de dollars de subventions et de contrats sont suspendus ou révisés.
2. Des demandes de réformes idéologiques : L’administration exige des changements radicaux de politique sur les campus.

En avril 2025, un bras de fer a éclaté publiquement lorsque Harvard a rejeté une série d’ultimatums émanant de trois agences fédérales. Les demandes, considérées par l’université comme une atteinte sans précédent à son indépendance, incluaient :

· La fermeture de tous les bureaux et programmes de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI).
· La fin de toute action affirmative (discrimination positive) dans les admissions et les embauches.
· L’interdiction des masques lors des manifestations sur le campus.
· La promotion de professeurs alignés sur les positions de l’administration Trump.

Le refus catégorique d’Harvard a entraîné le gel immédiat de 2,3 milliards de dollars de financements fédéraux. Au total, plus de 9 milliards de dollars de subventions et contrats étaient sous la menace d’une révision.

Les justifications de Harvard : liberté académique et intérêt public

Face à ces pressions, Harvard a campé sur une position de fermeté, érigée en principe. Le président de l’université, Alan Garber, a défendu son refus en invoquant le Premier Amendement de la Constitution, qui garantit les libertés d’expression et d’association.

Dans une lettre publique, il a soutenu qu’« aucun gouvernement – quel que soit le parti au pouvoir – ne devrait dicter à une université privée ce qu’elle peut enseigner, qui elle peut admettre et embaucher, et quels domaines d’étude et de recherche elle peut poursuivre ». L’université argue également que les financements fédéraux sont vitaux pour la recherche, notamment médicale, et que leur retrait nuirait à « la santé et au bien-être de millions de personnes ».

Un conflit qui s’étend à tout l’enseignement supérieur

La stratégie de l’administration Trump ne vise pas seulement Harvard. Plusieurs autres institutions prestigieuses sont confrontées à des pressions similaires, avec des issues variées.

Comparatif des actions fédérales contre les universités de l’Ivy League

Université
Action fédérale
Réponse de l’université
Enjeux clés

Harvard

· Gel de plus de 9 milliards de dollars de fonds
· Demande de 1 milliard de dommages
· Refus des demandes idéologiques
· Résistance au nom de la liberté académique et poursuite en justice

Columbia

· Coupure de 400 millions de dollars de financement
· Acceptation des demandes fédérales
· Paiement de 200 millions de dollars et changements de politiques (admissions, sécurité)

Université de Pennsylvanie

· Suspension de 175 millions de dollars de fonds
· Cédé sur certaines exigences (ex. : sports pour femmes transgenres)
· Conformité partielle sous pression financière.

Brown

· Révision de plus de 500 millions de dollars de financement
· Position initiale de déni ou de résistance
· Conflit en cours, menace sur les fonds de recherche.

Cette pression a suscité des réactions politiques tranchées. Des démocrates comme l’ancien président Barack Obama et le sénateur Bernie Sanders ont salué la résistance d’Harvard, y voyant une défense nécessaire contre l’« autoritarisme » et pour la liberté académique. À l’inverse, l’administration Trump présente sa croisade comme une défense des étudiants juifs et une lutte contre une « idéologie woke » qu’elle estime hostile aux valeurs américaines.

Conclusion : Une bataille aux enjeux fondamentaux

Ce qui se joue dans le conflit entre l’administration Trump et Harvard dépasse de loin une simple querelle budgétaire ou politique. C’est une bataille pour définir les limites de l’autonomie universitaire et le rôle de l’État dans la vie intellectuelle du pays.

D’un côté, la Maison Blanche utilise le levier financier colossal des subventions fédérales pour tenter de remodeler l’enseignement supérieur selon une ligne idéologique. De l’autre, Harvard, forte de son prestige et de son endowment de 53 milliards de dollars, mène une résistance qui devient emblématique pour de nombreuses autres institutions.

L’exigence soudaine d’un milliard de dollars de dommages marque une nouvelle phase, plus agressive, de ce conflit. Elle laisse présager une lutte juridique et politique prolongée, dont l’issue pourrait redéfinir pour des décennies les relations entre le pouvoir politique et les universités aux États-Unis.

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