PORT-AU-PRINCE — Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) n’était pas composé d’ignorants. Bien au contraire. Ses neuf membres affichaient des CV prestigieux, des diplômes internationaux, des carrières établies. Mais ce savoir, au lieu d’être mis au service du peuple, s’est transformé en une machine d’improvisation, de corruption et d’abandon. L’échec du CPT n’est pas celui du savoir, mais celui de la responsabilité et du courage politique. Aujourd’hui, 7 février 2026, n’est pas une date administrative. C’est la ligne d’arrivée d’une course contre la nation, perdue à plate couture par ceux qui en avaient la garde.
Le CPT peut, à juste titre, être considéré comme une négation des valeurs haïtiennes, un pouvoir colonisé, incapable de se rebeller contre ses maîtres. Sa seule « réussite » fut d’institutionnaliser le chaos qu’il était censé combattre. Pour casser cette spirale, son expulsion de la Villa d’Accueil n’est pas une option, mais un impératif de survie nationale.
Un héritage calculé en vies humaines et en désespoir
L’heure du bilan a sonné, et les chiffres, froids et brutaux, parlent d’eux-mêmes. L’économiste Enomy Germain résume un champ de ruines économiques : plus de 10 000 emplois détruits dans le secteur textile, un million de personnes supplémentaires plongées dans la faim, portant le total à 5,7 millions d’Haïtiens en insécurité alimentaire aiguë.
Cette souffrance économique n’est que la partie émergée d’un désastre humanitaire orchestré par l’inaction. Selon les Nations Unies, plus de 8 000 personnes ont été tuées entre 2024 et 2025. Les gangs, loin d’être réprimés, ont étendu leur empire sur jusqu’à 90% de la capitale, provoquant le déplacement forcé de plus de 1,4 million de personnes – une crise que la mission onusienne (BINUH) a documentée, impuissante, tout au long du mandat du CPT.
La trahison méthodique des promesses fondatrices
Les objectifs du CPT, définis par l’Accord du 3 avril 2024, étaient clairs : rétablir la sécurité, organiser des élections, initier des réformes. Le taux d’échec est vertigineux.
· Sur la sécurité : La mission multinationale, déployée tardivement, n’a pas inversé la tendance. Les armes, majoritairement en provenance des États-Unis, ont continué d’affluer sans contrôle.
· Sur les élections : Résultat : zéro scrutin national organisé. Le pays reste dans un vide constitutionnel absolu.
· Sur la gouvernance : Les mécanismes de contrôle prévus n’ont jamais vu le jour. Pire, le CPT a été éclaboussé par de graves scandales de corruption, avec trois de ses membres directement mis en cause.
La déconnexion érigée en système de gouvernance
Comment expliquer un tel naufrage collectif de compétences individuelles ? La réponse est dans la nature même de ce conseil : un pouvoir déconnecté et redevable à l’extérieur. Miné par les querelles internes, ses membres se sont comportés comme une élite intérimaire, se livrant à une coûteuse gabegie – près de 8,3 millions de dollars par an en salaires et avantages – tandis que le peuple luttait pour sa survie. Alors qu’Haïti sombrait, l’un de ses présidents trouvait le temps de suivre un programme à l’Université de Yale. Le symbole est accablant.
Conclusion : L’expulsion, pas la passation
Face à ce désastre, la solution ne peut être un « bricolage » de plus. Le contrat social est rompu. Comme le clame la société civile : « Le contrat est terminé ; il n’y aura pas de renouvellement ».
Les Haïtiens n’ont plus de mots : « Ils ne nous ont rien réparé, alors qu’ils partent ; ils sont vraiment inutiles au pays », témoigne un mécanicien de Delmas.
Le 7 février 2026 doit marquer une rupture absolue. Il ne s’agit pas d’une passation technique, mais d’une nécessité politique et morale. Le CPT doit être expulsé. La Villa d’Accueil doit être libérée de cette gouvernance illégitime pour permettre, peut-être, l’émergence d’une direction enfin responsable.
L’heure n’est plus au bilan – il est accablant. L’heure est à la reddition des comptes. Pour que cesse le supplice d’un peuple résilient mais martyrisé, les « neuf cerveaux sans visages » doivent rendre le pouvoir. C’est la condition première, non négociable, pour qu’enfin puisse s’écrire autre chose que le chaos.
MÉTHODOLOGIE & TRANSPARENCE
Cet éditorial est une analyse et une prise de position de la rédaction, fondée sur un suivi et une vérification des faits durant les deux années du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT, avril 2024 – février 2026). Notre objectif est de fournir une analyse rigoureuse et argumentée de son action.
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