Des documents du ministère américain de la Justice révèlent plus de 1 000 mentions de l’épouse du prince Haakon dans les archives d’Epstein, mettant en lumière une relation épistolaire embarrassante entre 2011 et 2014.
OSLO/LONDRES – La tempête déclenchée par la déclassification des archives de Jeffrey Epstein a atteint la monarchie norvégienne, jusqu’ici épargnée par les scandales. Selon le journal norvégien Verdens Gang (VG), qui a eu accès à des milliers de pages diffusées par le ministère américain de la Justice, le nom de la princesse héritière Mette-Marit, épouse du prince héritier Haakon, y apparaîtrait plus d’un millier de fois.
Ces révélations interviennent alors que la pression judiciaire et médiatique s’intensifie sur d’autres figures liées à Epstein, notamment le prince Andrew, frère du roi Charles III, confronté à de nouvelles accusations.
Des échanges privés au ton complice
Les documents, qui couvrent la période de 2011 à 2014, soit après la première condamnation d’Epstein pour proxénétisme, dévoilent une correspondance privée entre la princesse et le financier. Leur tonalité suggère une relation allant au-delà de la simple courtoisie.
En 2012, dans un échange révélé par VG, Epstein évoque un séjour à Paris « en quête d’une épouse ». Mette-Marit lui répond alors que la capitale française est « bien pour l’adultère », mais que « les Scandinaves font de meilleures femmes ». Ces messages, parmi d’autres, attestent d’une forme de complicité conversationnelle qui contraste violemment avec l’image publique de la princesse.
La réaction du Palais : des regrets et un « manque de jugement »
Confrontée à la publication de ces échanges, la princesse héritière a immédiatement réagi par l’intermédiaire de la Maison royale. Dans une déclaration transmise à l’AFP et largement reprise, elle a reconnu les faits et présenté ses excuses.
« J’ai commis une erreur de jugement », a-t-elle admis. « Je regrette profondément avoir eu le moindre contact avec Epstein. C’est tout simplement embarrassant. »
Cette déclaration cherche à circonscrire le scandale en qualifiant la relation d’erreur personnelle, sans autre implication. Le palais royal norvégien n’a pas fait d’autres commentaires, s’en tenant à cette prise de responsabilité.
Une onde de choc pour une monarchie moderne
Cette révélation constitue un choc pour la Norvège, où la famille royale jouit généralement d’une popularité forte et d’une image moderne et intègre. Mette-Marit elle-même, épouse héritière depuis 2001, était appréciée pour son authenticité et son engagement social, notamment dans la lutte contre le VIH/sida.
La proximité révélée avec une figure aussi sulfureuse qu’Epstein, reconnu coupable de trafic sexuel de mineures, risque d’entacher cette réputation. Des voix politiques commencent à s’élever. Le Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Støre, a déclaré au journal VG que les révélations étaient « graves et choquantes », appelant à ce que « toute la lumière soit faite ».
Contexte international : la pression monte sur le prince Andrew
Ces révélations surviennent dans un contexte international où l’après-Epstein continue de faire des vagues. Au Royaume-Uni, la pression judiciaire et médiatique redouble sur le prince Andrew.
Une deuxième femme, connue sous le pseudonyme de « Kate », a récemment porté plainte aux États-Unis. Elle affirme avoir été envoyée au Royaume-Uni en 2001 pour avoir des relations sexuelles avec le prince, alors qu’elle était mineure. Le prince Andrew a toujours nié en bloc toutes les accusations portées contre lui, et un règlement financier hors tribunal avec sa première accusatrice, Virginia Giuffre, n’avait pas mis fin aux controverses.
Analyse : Un risque réputationnel majeur
Pour la princesse Mette-Marit, le danger est moins juridique que réputationnel. Contrairement au prince Andrew, elle n’est accusée d’aucun acte criminel. Cependant, la nature des échanges et la durée de la relation épistolaire posent de graves questions de jugement.
· Pourquoi a-t-elle maintenu un contact avec un homme déjà condamné pour des faits graves ?
· Dans quelle mesure la monarchie norvégienne, souvent présentée comme un modèle de transparence, était-elle au courant de ces liens ?
Si la déclaration du palais vise à apaiser les esprits, elle pourrait ne pas suffire. L’opinion publique norvégienne, attachée à l’intégrité de ses institutions, pourrait exiger davantage d’explications. Cette affaire teste la résilience de la monarchie moderne face aux scandales de l’ère numérique, où les archives privées peuvent ressurgir à tout moment.
Conclusion : Une ombre sur l’avenir du trône
La princesse héritière Mette-Marit fait face à la crise la plus sérieuse de sa vie publique. Ses regrets, bien que perçus comme sincères par certains, laissent une ombre persistante sur son parcours. Dans un pays où la confiance en la famille royale est un pilier de son soutien, regagner cette confiance sans équivoque sera un défi de taille.
Alors que le prince héritier Haakon et le roi Harald V n’ont pas commenté l’affaire, toute la monarchie norvégienne entre dans une période délicate. L’image d’une institution en phase avec son temps et irréprochable est écornée, prouvant que nul n’est à l’abri des répercussions du scandale Epstein, même dans les palais les plus respectés d’Europe.
Source : Agence France-Presse (AFP), Verdens Gang (VG), BBC, CNN, déclaration officielle du Palais royal de Norvège.