Dans un revirement diplomatique majeur, le Premier ministre indien Narendra Modi s’est engagé à cesser ses achats de pétrole russe et à privilégier les approvisionnements américains et vénézuéliens, selon une annonce commune avec le président Donald Trump. En échange, Washington réduit drastiquement ses droits de douane sur les biens indiens. Cet accord met fin à des mois de tensions commerciales et vise à renforcer l’alliance stratégique face à la Chine.
Donald Trump et Narendra Modi annoncent une baisse massive des droits de douane et un partenariat énergétique redessiné, dans un accord qui rebat les cartes du commerce et de la géopolitique en Asie.
NEW DELHI / WASHINGTON – Les deux « plus grandes démocraties du monde », selon leurs propres termes, ont tourné la page d’un contentieux commercial épineux par un accord aux implications géostratégiques majeures. Le président américain Donald Trump a annoncé, lundi, que le Premier ministre indien Narendra Modi avait « accepté d’arrêter d’acheter du pétrole russe ». En contrepartie, les droits de douane américains sur les marchandises indiennes, qui culminaient à 50 %, chutent à un taux unique de 18 %, avec effet immédiat.
Les termes de l’accord : énergie contre accès au marché
L’annonce, faite par Donald Trump sur son réseau social Truth Social et chaleureusement saluée par Narendra Modi sur X, repose sur un échange clé :
· Du côté indien : New Delhi s’engage à réorienter ses importations d’hydrocarbures, achetant désormais « plus de pétrole auprès des États-Unis et, potentiellement, du Venezuela ». Cette décision priverait Moscou d’un de ses principaux clients, l’Inde étant le deuxième acheteur de pétrole russe après la Chine. Trump a affirmé que cet engagement allait « aider à mettre fin » à la guerre en Ukraine en tarissant une source de revenus cruciale pour le Kremlin.
· Du côté américain : Washington met fin à sa politique de tarifs punitifs. Outre la baisse générale des droits de douane, une surtaxe de 25 % imposée en août dernier spécifiquement pour sanctionner les achats de pétrole russe par l’Inde est également abolie.
Dans un message enthousiaste, Narendra Modi a remercié Trump « au nom des 1,4 milliard d’Indiens », vantant les « immenses opportunités » offertes par cette coopération et qualifiant le leadership de Trump d’« essentiel pour la paix mondiale ». Il n’a cependant pas explicitement mentionné l’engagement sur le pétrole russe dans sa communication publique.
Réactions immédiates : la Bourse indienne en euphorie
Les marchés financiers indiens ont immédiatement salué la nouvelle. À l’ouverture des marchés, l’indice boursier Nifty a bondi de près de 5 %, avant de se stabiliser sur une hausse d’environ 3 %. La roupie s’est également fortement appréciée, gagnant 1,25 % face au dollar. Cette réaction souligne le soulagement des investisseurs, qui redoutaient une escalade de la guerre commerciale initiée par Trump l’année précédente.
« Beaucoup seront probablement soulagés […] non seulement d’un point de vue économique, mais également stratégique », a commenté Tanvi Madan, experte à la Brookings Institution, tout en notant auprès de l’AFP que « le diable va se cacher dans les détails » de la mise en œuvre.
Un rapprochement stratégique face à la Chine
Au-delà de l’aspect purement commercial, cet accord consolide un rapprochement stratégique amorcé de longue date entre Washington et New Delhi. Les deux pays sont des piliers du Quad, alliance informelle incluant également le Japon et l’Australie, conçue comme un contrepoids à l’influence grandissante de la Chine en Indo-Pacifique.
La perspective d’une Inde se détournant progressivement de la Russie sur le plan énergétique correspond parfaitement aux objectifs américains de réduction de l’influence de Moscou et de renforcement d’un front uni face à Pékin. Pour l’Inde, l’accès facilité au marché américain – son premier partenaire commercial avec plus de 87 milliards de dollars d’exportations annuelles – est un atout économique vital.
Les défis de la mise en œuvre et l’équilibre délicat de New Delhi
L’annonce laisse toutefois plusieurs questions en suspens :
1. Le calendrier et la réalité du désengagement pétrolier : L’Inde, dont l’économie est très dépendante des importations d’énergie, pourra-t-elle se passer du pétrole russe, souvent acheté à prix réduit ? Les experts doutent d’un arrêt brutal. « L’Inde, même en s’éloignant de la Russie, voudra conserver des relations solides avec Moscou », anticipe Farwa Aamer, de l’Asia Society.
2. La résilience de l’accord : Les promesses commerciales de Trump, annoncées sur les réseaux sociaux, devront être traduites en textes juridiques et pourraient être sensibles aux changements politiques futurs.
3. L’équilibre diplomatique de l’Inde : New Delhi mène une diplomatie d’équilibre complexe. Alors qu’elle se rapproche des États-Unis, elle a aussi entamé un dégel avec la Chine après des tensions frontalières et vient de signer un ambitieux accord de libre-échange avec l’Union européenne. Maintenir ce subtil équilibre sera son principal défi.
Conclusion : Un nouveau chapitre aux enjeux mondiaux
L’accord Trump-Modi marque plus qu’une simple trêve douanière. C’est une réorientation significative des alliances économiques et stratégiques en Asie. S’il se concrétise, il affaiblirait la Russie tout en renforçant le bloc des démocraties face à la Chine.
Pour Narendra Modi, c’est la promesse d’un accès renforcé au marché américain et d’une reconnaissance comme partenaire stratégique de premier plan. Pour Donald Trump, c’est une victoire politique qui allie réalisation de sa politique « America First », pression sur la Russie et consolidation d’un partenariat clé. Le monde observe désormais comment cette entente de principe se transformera en réalité, redessinant les flux d’énergie et de pouvoir dans la décennie à venir.